| Les femmes immigrantes : Qu’avez-vous besoin pour réussir au Canada ? |
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Par Consuelo Solar La voix de Zahra Parvinian est toujours émue, quand elle se remémore ses débuts de refugiée au Canada voilà plus de 20 ans maintenant. Elle est arrivée d’Iran en 1988, décidée à prendre sa nouvelle vie à Toronto comme une deuxième chance pour poursuivre son rêve de lutte pour la justice sociale. « J’en ai payé le prix en perdant ma patrie, alors comment pourrais-je venir au Canada et ne pas continuer à lutter pour ce en quoi je crois dans la vie ? La passion que j’avais, et tout ce dont je croyais m’a permis de persévérer, je n’ai jamais regardé en arrière et je n’ai jamais rien laissé m’arrêter, » se souvient-elle. Parvinian est une mère seule qui élève ses deux enfants. Elle a terminé un diplôme d’assistance sociale à l’Université de York, pendant qu’elle travaillait à temps partiel à FoodShare, une organisation communautaire à but non lucratif, qui cherche à obtenir à long terme des solutions contre la famine et les inégalités sociales. Depuis qu’elle a été diplômée et pris un emploi à plein temps avec l’organisation, elle a démontré ses compétences de leader comme coordinatrice de programme et chef d’équipe, avant de devenir en 2008 directrice d’entreprise sociale. « J’avais une mentalité de classe moyenne et j’étais consciente du genre de vie que je voulais avoir. J’étais certaine que je suivais le bon chemin, celui qui me mènerait où je suis aujourd’hui, membre d’une communauté mondiale qui contribue aux changements dans la vie des gens » dit-elle. Quelques années auparavant, Parvirian a été choisie comme un exemple des femmes immigrantes qui ont réussi à contribuer à l’économie de Toronto, en devenant des dirigeantes dans leur domaine. Tout comme huit autres femmes issues de culture et de profession différentes, elle était au coeur de l’étude « Reframing Success: Immigrant Women as Entrepreneurs, » publiée par le Toronto Training Board. En explorant ces vies, les auteures Enriketa Dushi et Karen Lior ont essayé de trouver les qualités qui font d’une femme immigrante une entrepreneuse accomplie. Selon leurs recherches, chacun de leurs sujets étaient en mesure de faire des choix stratégiques. Elles étaient confiantes et dévouées, persistantes et créatives, mais aussi capables de s’adapter et d’apprendre en même temps. « Elles avaient un objectif et savaient où elles voulaient aller, comment y parvenir et comment apprendre. Quelques fois par des essais et des erreurs. Elles pouvaient rapidement reconnaître et agir sur des opportunités, » déclarent les auteures. Une des conclusions les plus intéressantes qu’elles ont apportées est que ces femmes devaient surmonter une série d’obstacles pour être là où elles sont aujourd’hui, et qu’elles l’ont fait en utilisant la sagesse et les qualités acquises au cours de cette expérience, pour réinventer leur vie. Dans le cas de Parvirian, il lui a fallu quatre années pour obtenir un statut officiel de réfugiée politique et ce, malgré le fait qu’elle travaillait et payait ses impôts. Elle ne pouvait donc pas bénéficier d’un prêt pour aller à l’école afin de remettre à niveau ces qualifications. « Cela m’a simplement donné envie de le vouloir encore plus et même s’il a été difficile d’être en concurrence avec des personnes plus jeunes que moi et avec un meilleur anglais, j’avais ma passion, » nous dit-elle. Certaines des héroïnes de cette étude ont commencé leur chemin dans les années 1970 et bien qu’elles aient au final atteint la réussite, de nombreux obstacles d’intégration persistent aujourd’hui pour les nouveaux immigrants. « Certaines des règles d’intégration ont changé, mais il existe toujours des défis pour les femmes immigrantes, qui diffèrent selon les groupes ethniques, le lieu juridictionnel et géographique où ils se sont établis, » explique Enriketa Dushi, responsable du service de recherche et finance au Groupe Innovation du Marché du Travail. Elle ajoute, « la plupart des nouvelles femmes immigrantes ont des emplois dans des domaines différents de celui qu’elles occupaient avant d’immigrer, elles gagnent de façon significative moins que les hommes et les femmes nés au Canada, et cet écart ne cesse de croître. » Une récente étude de Statistiques Canada confirme l’évaluation de Dushi. Selon l’étude « Femmes au Canada : rapport statistique fondé sur le sexe », en 2009 seulement 49.1 pour cent des femmes immigrantes qui sont dans le pays depuis 5 ans ou moins, ont été employées. Comparé à 60.6 pour cent des femmes nées au Canada. Cette étude montre également que le ralentissement du marché du travail a eu un impact plus important sur le taux de chômage des femmes immigrées que sur les femmes nées au Canada et les hommes immigrés. Tandis que les femmes qui avaient récemment immigré, affichaient le plus haut taux de chômage avec 15,9 pour cent. Ces résultats ne sont pas surprenant pour Maya Roy, directrice générale au Newcomer Women’s Services, qui identifie une série de barrières relatives à l’intégration sur le marché du travail des femmes immigrantes. Ces barrières sont parfois différentes de celles rencontrées par les femmes canadiennes ou les hommes immigrants. « Les plus communes sont de ne pas connaître les services disponibles et la façon d’y accéder. Mais également, un manque d’expérience de travail au niveau local, la langue, l’isolation, ou ne pas avoir accès aux garderies, » obverse-t-elle. Puis, elle ajoute, « mais il existe aussi des attentes sociales. Les hommes veulent prendre soin de leurs affaires à l’extérieur du domicile, ce qui limite les opportunités pour les femmes de développer leurs habilitées linguistiques, et rencontrer d’autres personnes ». Le docteur Tony Fang, responsable de l’économie et du marché du travail à CERIS – le Centre Metropolis de l'Ontario, décrit aussi ce double défis : « Beaucoup de femmes immigrent mariées ou dépendantes des travailleurs immigrants. Elles choisissent de rester à la maison pendant que leurs maris trouvent un emploi payé ou obtiennent une meilleure éducation. » Cependant, Fang insiste sur les différences entre les immigrants fraichement arrivés et ceux étant déjà établis. Car, beaucoup d’études montrent que les choses deviennent bien plus faciles après cinq ans de résidence, et que le fossé qui existe entre les natifs et les immigrants installés – au Canada depuis 10 ans ou plus – sur le marché du travail, se réduit considérablement. « Les immigrants établis réussissent mieux, surement parce qu’ils ont maîtrisé les qualités techniques et humaines qui sont requises par le marché du travail. » commente t-il. Fang est optimiste au sujet de l’intégration réussie des femmes immigrantes. Mais, il admet que le temps continuera d’être un facteur dans l’économie du savoir, où les emplois traditionnels bien payés dans les entreprises syndiquées disparaissent et les emplois professionnels qui exigent un niveau d’éducation et de formation plus élevé augmentent. « Les femmes immigrantes peuvent bien réussir dans des emplois qualifiés, parce que beaucoup d’entre elles ont une haute éducation. Regardez simplement les classes universitaires où nous avons plus de femmes étudiantes que dans le passé. Certains économistes débattent sur le fait qu’une haute éducation pourrait dans le temps, compenser le manque de femmes professionnelles dans le milieu du travail et réduire le trou historique du rapport revenu-emploi entre les hommes et femmes, » dit-il. Quelle contribution les femmes immigrantes peuvent-elles alors apporter pour l’économie canadienne ? Fang croit que les femmes immigrantes les plus éduquées peuvent bien faire dans des hauts postes de direction car, de nombreuses études montrent que d’une façon générale, les femmes portent plus d’attention aux relations sociales que les hommes. « Les hommes ont plus l’habitude de donner des ordres et des directives à leurs subordonnés, alors que les femmes tendent plus à utiliser le pouvoir de la persuasion et plusieurs autres qualités sociales et interpersonnelles. C’est une tendance en pleine émergence. De plus en plus de femmes occupent des positions de dirigeantes dans des entreprises et au gouvernement. » Cependant, il existe aussi une autre tendance où les femmes nouvellement immigrantes, ne trouvent pas d’emploi qui répondent à leurs qualifications et occupent des postes peu payés pendant une période considérable. Pour Dr Fang, le gouvernement et les organisations de services aux immigrants jouent un rôle clé dans l’aide à l’intégration et l’obtention d’emplois mieux payés. « Sur le long terme, les femmes immigrantes peuvent potentiellement apporter une large contribution à l’économie canadienne, mais cela dépend de la capacité d’action que les institutions du marché du travail et les employeurs leur permettront, » observe t-il. Dans ce voyage en deux décennies, Zahra Parvinian a prouvé que la réussite était possible pour une femme immigrante. Aujourd’hui, elle a le sentiment que le seul moyen de montrer sa gratitude pour avoir eu la chance d’obtenir une meilleure vie, est de le rendre à la société qui l’a accueillie. « Au début, je pensais que quoique je puisse accomplir ici, rien ne sera comparable à ce que j’avais dans mon pays. Mais après y avoir vécu depuis 1988, je me considère chez moi et je suis fière d’être Canadienne et de mon organisation. Bien sur, j’aspire toujours à plus dans ma vie. Je souhaiterais passer mon doctorat et écrire un livre, » dit-elle fièrement. Cnm
Consuelo Solar
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