| Ce n'est pas qu'une question de taille, messieurs! |
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Par Sabine Ehgoetz Sabine Ehgoetz habite actuellement à Toronto, où elle travaille à la pige comme journaliste, correspondante à l’étranger et traductrice. En décembre 2005, elle sera résidente canadienne depuis un an. « Nous avons besoin de plus d'espace », entends-je dire mon mari derrière une énorme pile de livres qu'il essaie désespérément de ranger depuis une bonne heure. Je me dis qu'il s'agit d'un problème facile à résoudre et je suggère une visite chez IKEA. En fait, je peux déjà nous voir revenir chez nous avec, pour lui, de nouvelles étagères et, pour moi, une multitude d'accessoires d'intérieur jolis mais complètement inutiles. Peu de temps après, je saisis tout le sens de la remarque de mon mari et réalise que la visite de fin de semaine chez IKEA n’aura pas lieu. Ce ne sont pas des étagères bon marché et faciles à assembler qu'il a en tête : il veut acheter une maison ! Il a même des préférences précises à l'esprit. La taille est ce qui importe le plus pour lui. Il devrait y avoir au moins quatre chambres à coucher; une pour nous, une pour les invités et deux autres pour toutes ses affaires (telles que ses ordinateurs et ses équipements de musique). Elle devrait également être une maison isolée, pour qu'il puisse utiliser tous ces trucs sans causer trop d’agression sonore à nos futurs voisins. Et, bien sûr, elle devrait être située à proximité du métro, être équipée d'une cheminée et comporter un sous-sol aménagé. Je me demande s'il a également envisagé comment nous pourrions nous permettre une telle maison. Une recherche rapide sur Internet me révèle que la maison dont nous parlons coûterait environ 400 000 $. Je ne cesse de me dire que jamais notre banque ne nous accordera une hypothèque aussi importante. Je dois admettre que notre situation financière actuelle me donne l'espoir que je n'aurai pas à quitter l’adorable condominium que nous louons. Après y avoir emménagé il y a un an quand nous sommes venus nous installer au Canada, j'ai commencé à me sentir vraiment à l'aise avec la « vie de condo ». C’est commode de pouvoir faire une rapide séance d’exercice dans la salle de gym avant d'aller au travail. Le fait de pouvoir me détendre dans le bain à tourbillon quand j’en ai envie est un luxe que je n’aurais pu jamais imaginer. Nous pouvons même jouer au golf à l’intérieur ou inviter des gens à une partie de quilles. De plus, je ne me suis jamais sentie aussi en sécurité dans ce complexe avec son personnel de sécurité rigoureux et ses systèmes de portes rassurants. Que demander de plus ? Plus d’espace apparemment, selon mon mari qui donne plus d’importance à la quantité qu’à la qualité. Il me présente fièrement ce qu’il estime être un plan financier des plus solides. Nous pourrions nous permettre d’acheter une maison de caractère à remettre en état, c’est-à-dire une ancienne résidence délabrée qui pourrait facilement être transformée en maison de rêve avec un peu de travail. Le bricoleur en lui se voit déjà chez son quincaillier favori, en train d’acheter des quantités d’outils sophistiqués pour ses travaux de rénovation. Je me vois, au contraire, dans 40 ans, vivant toujours dans un chantier et implorant mon mari de réparer enfin l’escalier dont il m’avait promis qu’il s’occuperait 39 années auparavant (malheureusement, ses semaines de travail sont devenues trop chargées et il a vraiment besoin de ses fins de semaine pour se détendre). Comme je l’avais bien prévu, la première propriété inscrite que nous avons vue donne l’impression de n’avoir pas été entretenue depuis les années 70. Par chance, notre agent partage mon avis que ce genre de maisons représente un risque élevé et peut finir par nous coûter plus cher que prévu. Il semble également être le seul à vraiment comprendre mes besoins; il nous montre ainsi de belles maisons plutôt récentes, un peu plus à l’extérieur de Toronto. Pour le même prix que sa petite maison délabrée de North York avec ses tapis oranges tirant sur le brun et ses murs en bois, nous pourrions posséder un manoir, avec piscine, à Oshawa ou à Ajax. Qu’est-ce que cela peut bien me faire de passer 40 minutes dans le train GO pour me rendre en ville le matin, si je peux rendre jaloux des gens outre-mer en leur envoyant des photos de moi dans ma piscine ? D’autre part, je me sentirais plus en sécurité là-bas que dans une maison au milieu de la ville. Je me mets immédiatement à rêver de notre vie sociale dans un quartier accueillant qui nous permettrait de ne pas verrouiller les portes. Mais mes rêves de banlieue ne se réaliseront pas, car l’idée d’avoir à dépendre chaque matin du train GO lui déplaît. Pour être honnête, je n’ai pas non plus l’envie de me lever une heure plus tôt ni de vivre loin de tous mes nouveaux amis en ville. Le point sur lequel nous sommes d’accord est qu’il faut un accès facile au centre-ville. Mais est-ce à dire qu’il me faut vraiment déménager dans une remise balayée par le vent, moisie, et dont le toit fuit ? Finalement, c’est en fait la banque qui est venue à mon secours. Ayant vécu à l’extérieur du Canada pendant des années, mon mari ne pouvait fournir de récents antécédents fiscaux. Cela veut dire qu’au lieu de l’acompte habituel minimal de cinq pour cent, nous serions contraints de payer un acompte de dix pour cent – somme que nous n’avons pas pour l’instant. En conséquence, nos plans d’acquisition d’une maison sont mis de côté pour une autre année. Une année que je vais employer largement à le convaincre que nous ferions mieux d’acheter un joli condo en ville, un peu plus grand que celui que nous habitons actuellement – ainsi que des systèmes de rangement qui l’aideraient à organiser ses affaires. CNM
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