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La prochaine génération PDF Print E-mail

par Karen Bridson-Boyczuk

Il est difficile pour les nouveaux Canadiens de venir en ce pays et de s'y adapter, mais il est aussi très difficile pour ceux qui sont nés au Canada de s'entendre avec leurs parents qui sont nés à l'étranger.

Quelles études faire, quelle profession embrasser, quel est le bon âge pour faire des rencontres sentimentales, avec qui être ami et qui se marier sont toutes des questions auxquelles font face parents et enfants. Mais ce problème peut être pire pour ceux dont les parents ont grandi à l'étranger ou dans un contexte culturel différent.

Comme les jeunes occidentaux ont beaucoup plus de liberté que ceux de bien d'autres sociétés dans le monde, les enfants nés au Canada sont portés à se rebeller contre leurs parents qui veulent avoir davantage d'autorité sur eux.

Le nombre de ceux qui font face à ce problème augmente chaque année. En 2001, il y avait 5,4 millions d'immigrants au Canada et ce nombre continue d'augmenter. Selon une étude de Statistique Canada, 71 % des immigrants arrivés entre 1991 et 2001 ont dit que leur culture leur était importante, mais seulement 57 % de leurs enfants nés au Canada ont dit la même chose.

Toujours selon cette étude, 6 % des immigrants étaient membres d'associations ethniques, mais seulement 1 % de leurs enfants l'étaient.

Ce problème qui consiste à être écartelé entre deux mondes a même été abordé au cinéma. Le film intitulé « Le mariage de l'année » ( My Big Fat Greek Wedding ) en fait partie. Il montre comment une jeune fille a de la difficulté à assumer les décisions qu'elle prend dans le « nouveau monde ».

Tobi Asmoucha, résidente de Toronto née d'un père juif de Baghdad et d'une mère juive du Pays de Galles, est née à Vancouver où elle a aussi grandi. Elle dit qu'il est difficile d'être différente de ses camarades d'école.

« Nous avons grandi dans un endroit où les Blancs d'origine anglo-saxonne prédominaient fortement, un monde dont nous ne faisions visiblement partie », dit-elle.

Sa mère s'est battue pour qu'il soit mis fin à la récitation du Notre père à l'école.

« Nous nous sentions fort différents des autres », poursuit-elle.
Les idées du père d'Asmoucha étaient très différentes de celles des pères de ses amis.

« Il pensait qu'il nous avait amenées ici pour que nous ayons la vie belle et que nous devrions nous rendre compte combien nous avions de la chance, dit-elle. Nous devions nous conduire comme de jeunes juives modèles. »

Elle était censée faire exactement ce que sa famille attendait d'elle alors que ses amis avaient plus de liberté.

« La confrontation était sans fin, dit-elle. Il m'a dit que ma vie était ruinée parce que je vivais avec un homme qui n'était pas juif, que c'était épouvantable, que c'était quelque chose qui ne se faisait pas. »

Son père s'attendait à ce que ses fils soient ceux qui réussissent professionnellement, mais Tobi lui a fait l'agréable surprise de devenir une photographe reconnue, primée même, qui gagne très bien sa vie.

« Quant j'ai obtenu mon diplôme universitaire, il m'a dit que je pouvais toujours devenir serveuse de restaurant », raconte-t-elle. Ça lui a pris un bout de temps à saisir. »

Alan Wong est né au Canada où il a grandi, mais ses parents viennent de Chine. Il dit qu'il y avait plus de règles à observer chez lui que chez ses amis.

« Pour mes parents, au moins pour mon père, la réussite scolaire était tout, particulièrement dans les " matières utiles " comme les sciences. Mes parents étaient aussi très stricts sur les questions de race et de relation sentimentale. Durant toute mon enfance, ils nous ont répété à mes quatre soeurs et à moi que nous devions épouser des Chinois. »

Lorsque la soeur de Wong a épousé un canadien d'origine, « mes parents lui ont fait une guerre sans merci, raconte Wong. Mes autres soeurs ont aussi marié des Blancs, mais elles se sont mariées beaucoup plus tard; au point où elles en étaient, mes parents étaient heureux qu'elles trouvent quelqu'un avec qui se marier. »

Wong a aussi remarqué que ses parents ont été beaucoup plus sévères avec ses soeurs qu'avec lui. Il pouvait faire plus de choses. « Comme mes parents étaient plus indulgents envers moi et que j'avais plus de liberté que mes soeurs, je me sentais coupable la plupart du temps. Par ailleurs, je savais que j'étais gai lorsque je grandissais et j'ai donc vécu mon adolescence dans l'anxiété parce que je devais cacher ce secret à mes parents qui faisaient constamment pression sur moi pour que me trouve une petite amie chinoise. »

Wong dit qu'il s'est souvent fâché contre ses parents et qu'il s'est disputé avec eux. « Je me suis souvent emporté contre mes parents parce que je sentais qu'ils faisaient pression sur moi sur divers points : les études, les relations que j'aurais dû avoir, les obligations familiales. Être chinois c'est d'abord et avant tout faire partie d'une famille; cela est noble et nécessaire, mais c'est, de bien des façons, un fardeau. Cela m'a rendu dépendant envers mes parents alors que mes amis qui ne sont pas chinois, il me semble, ont appris plus tôt à être beaucoup plus indépendants. »

Mary Tsilka est venue au Canada de Grèce à l'âge de sept ans lorsque sa famille a quitté le pays pour fuir les problèmes politiques qui y sévissaient et éviter la conscription à son frère aîné.

En Grèce, ses parents cultivaient le foin et la pomme de terre. Une fois arrivés ici, son père s'est trouvé un emploi de poseur de tapis et sa mère a travaillé comme couturière dans l'avenue Spadina. Tsilka dit que ses parents étaient plus sévères avec elles et leurs autres enfants que les parents de ses amis ne l'étaient.

« C'est ma soeur qui en a souffert le plus car le port du pantalon lui était interdit », dit-elle. Vous êtes au Canada où toutes les femmes portent le pantalon et vous ne pouvez pas le faire. Il y avait bien des règles qui ne cadraient pas avec le mode de vie canadien. »

Lorsque sa soeur a été plus vieille, ses parents ont été moins sévères envers elle et elle a pu porter le pantalon.
Le fait de grandir parmi un grand nombre de familles italiennes l'a aidée, dit-elle, parce beaucoup de leurs filles avaient les mêmes problèmes d'adaptation culturelle qu'elle.

« C'était la nuit et le jour en comparaison avec la mentalité canadienne. Ma mère était scandalisée que je sois amie avec des garçons. Je ne pouvais pas aller au centre commercial comme tous mes amis. Elle était très scandalisée que je veuille faire toutes ces choses. C'était comme vivre sur une autre planète. »

Comme ses parents n'étaient jamais allés à l'école, ils ont été heureux de voir Tsilka faire des études universitaires et devenir enseignante.

Lorsqu'elle était étudiante à l'Université York, sa mère lui demandait toujours pourquoi elle ne portait pas de beaux vêtements ni ne se maquillait pour aller à ses cours.

Sandra Kasturi est née en Estonie mais elle a habité aux États-Unis et au Sri Lanka avant de venir au Canada à l' âge de 11 ans.

Son père a laissé tombé une grande partie de sa culture mais pas sa mère. Kasturi dit qu'elle a souvent eu de la difficulté à grandir parce qu'elle devait agir d'une certaine façon à la maison et agir d'une autre façon à l'extérieur.

« Le choc des cultures peut se décrire comme le choc entre le passé et l'avenir », dit-elle. Ma mère disait : « Nous sommes le produit d'une vieille civilisation et voilà comment nous faisons les choses. »

En Estonie, il règne une morale du travail qui dit que vous devez « travailler jusqu'à la mort » . Or, je n'ai pas répondu aux attentes de ma famille, ce qui est une source d'expériences déplaisantes, poursuit Kasturi, qui est poétesse mais travaille comme secrétaire. Vous avez tendance à vous juger avec plus de sévérité. Cela prend beaucoup de temps avant que vous ne vous rendiez compte que vous ne pouvez pas vous dénigrer de cette façon. »

Elle dit avoir passé des années de sa vie à essayer de faire à la fois le bonheur de ses parents et le sien. Il lui a été difficile de concilier culture estonienne et culture canadienne en même temps.

Pour rendre sa mère heureuse, dit Kasturi, elle aurait dû avoir une profession bien définie comme celle d'avocat, de comptable ou d'ingénieur, une profession qui a du prestige aux yeux de la société et qu'il est facile de décrire aux autres. « Être secrétaire est un abaissement aux yeux de mes parents. »

Kasturi adore écrire de la poésie mais cela ne rendrait sa famille heureuse que si elle faisait beaucoup d'argent et qu'elle était célèbre.

Les conceptions de son père lui ont causé des problèmes la fois où elle s'est fiancée. Son père lui a demandé pourquoi son fiancé ne lui avait pas demandé sa main. « J'avais plus de trente ans et j'ai éclaté de rire », dit-elle.

Il se pourrait bien que la seule chose qui soit plus difficile que d'avoir affaire à des parents qui sont nés à l'étranger soit d'élever des enfants qui sont nés au Canada.

CNM

 

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