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Lutter aujourd’hui pour de meilleurs lendemains

par Teenaz Javat

J’avais 27 ans lorsque je suis arrivée au Canada avec mon mari et notre fille de huit mois. Dix ans plus tard, avec deux enfants à l’école, j’ai décidé de retourner dans le monde du travail rémunéré.

Pendant ces dix années, je suis devenue experte en cuisine, en ménage et en lavage. Mais j’ai fini par me rendre compte qu’aucune de ces compétences ne m’aiderait à renflouer mon compte bancaire amaigri.

Cependant, il y a une idée que je n’ai jamais abandonnée, c’est celle de retrouver ma vie telle qu’elle avait déjà été. J’étais journaliste en Inde et au Pakistan avant de prendre la décision d’immigrer au Canada en 1997.

Très vite, nous nous sommes rendu compte que le fait d’avoir deux sources de revenu ne jouait pas en notre avantage, car la garde des enfants consommait une part disproportionnée de nos revenus nets.

L’idée de retourner au travail me semblait plus déprimante que jamais. En effet, pendant la période où j’étais restée à la maison, les méthodes de diffusion des nouvelles que j’avais connues s’étaient métamorphosées, quittant les pages des journaux pour le monde virtuel d’Internet.

J’ai vite compris que j’avais besoin d’une nouvelle formation. Ma maîtrise obtenue dans une université indienne en 1992 me semblait vieille et dépassée.

Après avoir élaboré un budget inventif et décroché des bourses d’études, je suis retournée aux études à plein temps. J’ai été admise au programme de journalisme canadien pour les professionnels formés à l’étranger (Canadian Journalism for Internationally Trained Writers Program) à l’Institut Sheridan de la technologie et de l’apprentissage avancé, à Oakville, en Ontario.

Ce programme de transition accepte les journalistes formés à l’étranger et leur enseigne la culture, les protocoles et les lois qui réglementent tous les aspects des médias canadiens (médias imprimés, télévision, radiodiffusion et Internet).

Pour permettre aux étudiants de réussir, le collège Sheridan a apporté quelques changements à son programme.

« Alors que nous étions en train de mettre la touche finale au programme, nous nous sommes rendu compte que la plupart des étudiants qui s’étaient inscrits travaillaient ou avaient des responsabilités familiales » confie la professeure Joyce Wayne, coordinatrice de programme au Collège Sheridan. « Ainsi, après avoir consulté le doyen et le corps professoral, nous avons décidé de dispenser les cours quatre soirs par semaine et pendant les fins de semaine. »

« L’engagement de tous les étudiants, particulièrement les mères de jeunes enfants, était extraordinaire. Le fait de voir leur envie de relever ce défi nous a encouragé à faire des concessions pour permettre aux femmes d’amener leurs enfants en classe le samedi, car nous savons que le coût de faire garder un enfant la fin de semaine est important » ajoute Mme Wayne.

« Beaucoup de femmes voyait leur âge comme un facteur gênant. En ce qui me concerne, c’était ma dernière chance d’enrichir mon éducation et je ne pouvais pas la laisser passer » dit Tazeen Rizvi, mère de trois adolescents, qui a immigré au Canada avec plus de dix ans d’expérience en tant que réviseure pour le plus grand journal anglais du Pakistan.

Les devoirs s’accumulant et les dates d’échéance se rapprochant, les étudiants qui ont des emplois à mi-temps doivent travailler tard le soir ou très tôt le matin.

« Mon fils venait de commencer à aller à l’école à temps plein, donc j’en profitais pour finir mes devoirs », relate Rita Simone, qui vit dans le quartier High Park de Toronto. « Le temps passé dans les transports, entre la maison et le Collège Sheridan, était aussi consacré à l’étude; j’avais l’impression que je n’avais pas une seule minute à perdre » ajoute la jeune mère originaire du Brésil.

Pour sa part, Lily Suntoke, mère de deux enfants et étudiante en art et design au Collège Sheridan, ne pouvait pas attendre que ses deux enfants aillent à l’école à temps plein. « Je ne veux pas passer trop de temps sans travailler, car je sens que plus je reste sans emploi, plus le retour au travail sera difficile. »

Mme Suntoke travaillait en tant que modéliste en textile à Mumbai, en Inde, avant de venir au Canada. Elle n’a jamais trouvé de travail dans son domaine et n’a pu obtenir que des petits boulots de survie pendant les dix dernières années.

« Je suis prête à investir tout le temps et les efforts qu’il faudra pour retourner faire ce que j’aime. Mon combat d’aujourd’hui portera ses fruits plus tard. Du moins, c’est ce que j’espère ! »

cnm

 

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