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Petit monde, grand monde

par Sabine Ehgoetz

Internet a rendu notre monde à la fois très grand et très petit. Grand, car nous avons maintenant accès une quantité incroyable d’information provenant de n’importe où sur la planète. Nous pouvons tous y accéder à tout moment, peu importe où nous sommes, tant qu’il y a une couverture réseau (ce qui exclut de vastes régions du Canada, mais si vous voulez mon opinion, elles sont trop glaciales ou trop isolées pour y vivre de toute façon). Mais notre monde est aussi plus petit, car des gens que nous n’avons jamais rencontrés deviennent miraculeusement nos amis. Voici un exemple: en suivant les stars d’Hollywood sur Twitter, j’apprends ce qu’elles ont mangé pour déjeuner ou ce qu’elles ont fait hier soir sur leur canapé à la maison. Un musicien bien connu que j’aime beaucoup a récemment mis en ligne une photo qu’il a prise de son siège dans le métro de Londres. Certes, l’image elle-même était complètement sans intérêt, mais le fait qu’il a partagé ce moment privilégié avec moi (bon d’accord, avec des milliers d’autres fans) m’a fait sentir très spéciale.

Non seulement Internet nous rapproche des gens célèbres, mais il permet aussi à des gens comme vous et moi de devenir des célébrités - même si c’est seulement dans le monde virtuel. Si vous êtes un tant soit peu cyberfuté, vous savez de quoi je parle. Les plateformes Internet comme YouTube permettent à n’importe quel Ryan, Huang, Ali ou Olga de télécharger des vidéos de leur cru qui les mettent en vedette. La majorité de ces vidéos ne sont que des exhibitions d’amateurs de piètre qualité, à l’humour douteux, sans oublier leur nature « explicite ».

Il y a bien sûr des exceptions – YouTube est devenu une tribune multiculturelle et internationale pour des artistes talentueux qui n’auraient jamais accédé à la notoriété s’ils avaient dû attendre que les studios d’enregistrement, directeurs de casting ou conseillers en relations publiques leur donnent une chance. Un bon exemple est Christine Gambito, une comédienne américaine originaire des Philippines mieux connue sous le nom Happy Slip. Une de ses vidéos a remporté la deuxième place au concours des YouTube Video Awards en 2006. Elle continue depuis à régaler son public grandissant avec des vidéos très simples, le plus souvent de trois minutes, qu’elle produit, sans aucune aide avec sa webcam et son ordinateur personnel. La popularité de Gambito l’a récemment amenée à être nommée ambassadrice pour le tourisme des Philippines par le ministère du Tourisme.

Une autre carrière fascinante est celle de Straight No Chaser, un groupe a capella formés d’étudiants de l’Indiana, qui a connu la gloire et la fortune très rapidement grâce à leur adaptation de la chanson « 12 days of Christmas » sur YouTube. 10 millions de personnes l’ont regardée et parmi eux se trouvait LA bonne personne, à savoir le directeur général d’Atlantic
Records, qui leur a fait signer un contrat de cinq albums. Très peu de gens passent de plongeur dans un restaurant à millionnaire en mettant un enregistrement privé en ligne, mais le conte de fées peut devenir réalité, non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier. Et la liste continue de s’allonger. Ryan Nigahig, humoriste particulièrement drôle, il et actuellement très populaire sur Youtube ; Michelle Pahn, dont les conseils sur le maquillage sont très célèbres sur le net ; Marina Orlova, l’enseignante sexy ou David Choi, le fameux chanteurcompositeur qui fait la promotion de sa musique, de ses concerts et de tout ce qu’il fait sur Internet.

Même si vous n’êtes pas en quête de gloire et de célébrité, vous avez probablement réalisé avec quelle facilité vous pouvez vous connecter avec vos familles et amis éloignés et leur permettre d’entrevoir votre vie. Mes parents, en Allemagne, ont été en mesure de voir les premiers pas de leurs petits-enfants sur YouTube et ils les ont vu manger leur premier gâteau d’anniversaire via webcam (y compris les morceaux de chocolat jetés contre l’écran - quelle fête!).

Sur Facebook, je suis en mesure de suivre les aventures de mon ami iranien qui travaille actuellement à Dubaï, de renouer avec d’anciennes connaissances en Australie et même de jouer à un jeu de mots en ligne avec l’éditeur du Nouvel arrivant au Canada. Je clavarde souvent avec mon amie qui habite tout près quand nous sommes toutes les deux coincées à la maison. De toute évidence, nous n’avons pas besoin de décrocher le téléphone ou de faire l’effort de conduire jusqu’au café le plus proche pour nous rencontrer en personne. Bien sûr, cela pose la question de savoir si Internet, en fi n de compte, ne nous rend pas plus solitaires en nous séparant les uns des autres. Personnellement, je ne pourrais pas être plus en désaccord.

Se connecter via Internet me rappelle d’organiser des rencontres avec des gens qui sont tout près et m’aide à rester en contact avec les êtres chers qui seraient impossibles à voir régulièrement. Certes, discuter par vidéo sur Skype n’est pas la même chose que de profiter d’un bon verre de vin ensemble - mais si je peux voir Klaus apprécier son verre de riesling allemand et qu’il peut me voir siroter un chardonay de Pelee Island tout en ayant une discussion de part et d’autre de l’Atlantique, il me semble que je ne manque pas beaucoup. Bien sûr, c’est plutôt ennuyeux lorsqu’en plein milieu d’un débat intense, les services de clavardage gratuits, et donc peu fi ables, tombent en panne (ou pire, quand mon fournisseur d’accès Internet certainement pas gratuit décide de rendre l’âme pendant un moment). Mais en même temps, c’est pratique de se déconnecter lorsque vous en avez assez de quelqu’un et de pouvoir blâmer ledit fournisseur d’accès Internet.

Notre vie sociale a certainement changé depuis l’arrivée d’Internet, tout comme notre façon de consommer l’information. Qui aujourd’hui se donne encore le mal de faire le tour de la ville pour trouver le journal de son pays dans les kiosques spécialisés alors qu’en une fraction de seconde, on peut accéder au Dawn du Pakistan ou lire le Times of India en ligne ? Qui a réellement besoin de payer le prix d’un journal, dont le coût couvre la production de papier, l’impression et la distribution quand le contenu en ligne est gratuit ? (D’accord, il est agréable de lire un magazine pendant que vous essayez de relaxer dans le métro ou dans la salle de bain, et c’est pourquoi vous devriez continuer à vous procurer ce magazine !) Toutes les informations que vous recherchez sont là, dans cette petite lucarne sur votre bureau qui s’insère parfaitement entre votre tasse de café et votre boîte de mouchoirs. Oui, vraiment, le monde est devenu un petit endroit aux possibilités infinies!

cnm

 

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