| Votre pays, vos medias |
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par Claudio Munoz
Les laissez-passer pour les médias, tout comme les journaux, sont obsolètes le jour suivant. En revanche, ce n’est pas le cas des médias ethniques. Les articles des publications ethniques restent pertinents bien plus longtemps. « Sur ma page d’accueil, vous trouverez [des informations] sur le gouvernement fédéral qui, par exemple, consacre 105 millions de dollars à des emplois d’été pour les jeunes et les étudiants ». C’est tout à fait le genre de choses que mes lecteurs veulent savoir, que les étudiants de la communauté grecque veulent savoir. Et comme le Globe & Mail ou The Star publient ces informations quelque part dans leur section X, Y ou Z, cela passe inaperçu. Je mets ce genre d’information en première page pour que les gens sachent immédiatement ce qui se passe, et j’inclus aussi la date à laquelle le gouvernement commence à accepter les candidatures afin qu’ils puissent déposer la leur » explique M. Saras, président directeur général du Conseil national de la presse et des médias ethniques du Canada. En gros, les médias ethniques regroupent toutes les autres nouvelles qui concernent votre communauté mais qui ne sont pas couvertes par les médias grand public. Les médias ethniques captent donc un deuxième groupe de références médiatiques, à savoir les services communautaires, les organisations non-gouvernementales, les organisations caritatives, les festivals culturels, les tournois de foot amateur, les activités scolaires, les activités des militants, les centres de santé communautaires, les groupes gays, les groupes végétariens, les amis des amis… Nous et les autres Pourquoi les médias ethniques marchent-ils ? Nous pensons que le secret réside dans les informations propres à votre pays, aux conseils pour s’installer, aux articles sur les initiatives gouvernementales ou privées qui vous concernent spécifiquement ou encore aux astuces pour conserver vos traditions tout en en adoptant des nouvelles. Par ailleurs, ces informations ne vieillissent pas aussi vite que les nouvelles des médias de grand public. Dans le livre Media-Migration-Integration: European and North American Perspectives, Rainer Geissler et Horst Pöttker expliquent que les médias ethniques au Canada « sont représentés principalement par des petits diffuseurs, des chaînes par câble, des journaux et magazines qui ciblent des minorités ethniques et raciales [...] Nombre d’entre eux sont en fait de jeunes entreprises familiales en démarrage, avec une édition hebdomadaire (ou aléatoire) dans des langues autres que l’anglais ou le français et distribué gratuitement. » Ils ajoutent qu’il y a aussi des médias ethniques qui ressemblent aux médias grand public, avec un contenu complexe, des budgets plus conséquents, plus de personnel, et une grande distribution. Les médias ethniques peuvent être fondés ici ou « importés » de l’étranger, et même si certains essaient d’échanger avec d’autres communautés, la plupart ne desservent qu’une seule cible. Bien que les médias grand public et les médias ethniques se ressemblent plus qu’ils ne le pensent ou ne le voudraient, il reste une grande différence entre les deux. M. Saras admet : « je me suis rendu compte que les médias grand public, qu’ils soient anglophones ou francophones, considèrent les publications ethniques comme concurrentes, car elles leur prennent une part de l’argent provenant de la publicité. Donc, ils ont tout lieu de ne pas les concurrencer [...] Lorsque vos nouvelles proviennent des publications ethniques, elles ne sont contrôlées par personne, aucun parti politique, aucune société ou autre organisme. Vous recevez les informations en direct de l’éditeur. » En direct de la Saskatchewan Le Canada est un pays riche en histoires d’immigration, et la presse ethnique fait partie du décor. « Les médias ethniques ont plus d’un siècle » explique M. Saras. « Tout a commencé à la fin du 19e siècle en Saskatchewan et en Alberta, avec les communautés ukrainiennes qui sont arrivées au Canada pour fuir la famine dans leur pays. Au milieu du siècle précédent, vers les années 50 et 60, les premières publications [immigrantes] des pays de l’Ouest ont commencé à voir le jour au Canada. » De la même manière que nous passons par une deuxième vague d’immigration, nous connaissons une deuxième vague de médias ethniques. Quand les immigrants sont arrivés à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et ont commencé à publier au Canada, la majorité d’entre eux était basée en Ontario et au Québec. « À cette époque, l’Europe était détruite et de nombreuses personnes sont venues au Canada et y ont établi leur propre communauté. C’est le cas des communautés italienne, grecque, allemande et portugaise. À la fin des années 40, la première publication grecque a vu le jour au Canada, ce qui est un indicateur de la force de cette communauté, puis les Italiens ont suivi. À cette période, il y a avait environ 25 publications italiennes et 11 grecques en Ontario. » Les médias ethniques de l’après-guerre se sont maintenus jusque dans les années 90. Une crise économique, liée à la décision du gouvernement de réduire les dépenses, a affecté financièrement les publications. Un certain nombre d’entre elles a immédiatement cessé sa production et un seul autre groupe a duré un peu plus longtemps. Par ailleurs, vers la fin des années 80 et le début des années 90, l’immigration d’Europe de l’Ouest a commencé à diminuer au fur et à mesure que les gens s’installaient. C’est alors qu’ils ont commencé à adopter les médias grand public. Un nouveau commencement La deuxième vague d’immigration a alors démarré. Les immigrants d’Europe de l’Est ont commencé à arriver en plus grand nombre, principalement des pays de l’ex-Union soviétique - la République tchèque, la Pologne, la Slovénie, etc. Et bien entendu, des immigrants sont venus de pays asiatiques comme l’Inde, le Sri Lanka, le Pakistan, le Bangladesh, la Chine et la « Les nouvelles communautés établies ont suivi la même tendance » ajoute M. Saras. « Les anciens immigrants – grecs, italiens, allemands et portugais – ont déménagé à l’extérieur des métropoles et une minorité est restée en ville. Les nouveaux immigrants sont arrivés, ils ont acheté leur maison ... et ont ensuite essayé d’entrer dans le monde de la communication, soit en achetant des publications existantes ou en créant de nouvelles. » Aujourd’hui, à Mississauga, on compte environ 37 publications pour les communautés de l’Asie méridionale et elles font partie des publications les plus lues. En revanche certaines choses ont changé. La technologie numérique a permis à chaque communauté de créer ses propres programmes dans sa propre langue et de les transmettre sans avoir à faire de grosses dépenses. En outre, des groupes de médias canadiens comme Rogers ont reconnu depuis longtemps la valeur des différentes communautés et ont développé des segments spécifiques pour chaque communauté. Le meilleur exemple est Omni TV qui propose des programmes en mandarin, cantonais, chinois, indien, hindi, farsi, russe, italien, espagnol, portugais… et la liste est longue. Selon M. Saras, il existe aujourd’hui moins de 270 publications ethniques en Ontario, radio et télévision confondues, comparativement aux 500 des années 80. Cependant, il pense que les médias ethniques sont aujourd’hui plus forts, mieux organisés et plus efficaces. En raison du type d’information qu’elles offrent, les publications ethniques n’ont pas besoin de se battre pour couvrir tous les sujets. Leurs articles vivent au-delà d’une journée, et surtout, ils restent très utiles. cnm |



L’un des pans de mur du bureau de Thomas Saras est couvert de rectangles de papier et de plastique de la taille d’une demi-page de cahier. La plupart sont suspendus par un cordon qui permet de les porter autour du cou. Beaucoup sont jaunes ; ils proviennent de conférences de presse et de cérémonies du premier ministre Stephen Harper, auxquelles M. Saras était invité. Ses laissez-passer ne sont pas rangés, mais de ma chaise, je peux voir qu’ils sont bien propres, suspendus dans un désordre parfait.