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Médecine antique pour les temps modernes

La dame qui a utilisé des herbes médicinales chinoises pour développer le médicament contre le rhume le plus populaire au Canada : COLD-FX

par Dale Sproule

En 1987, le Dr Jacqueline Shan, est venue au Canada se joindre au programme de recherche de l’Université de l’Alberta pour poursuivre son doctorat en physiologie. Elle avait déjà presque terminé un doctorat en pharmacologie de l’Académie chinoise des sciences médicales, mais son anglais comportait certaines lacunes. C’est pourquoi elle enregistrait l’ensemble de ses cours sur des cassettes audio. « Il fallait non seulement que j’écoute la cassette encore et encore, mais également que je répète et que j’écrive pour être certaine que je comprenais bien, dit-elle. « C’est une expérience assez solitaire d’être isolée et de ne pas parler la langue. J’étais tellement occupée par mes cours et mes recherches que je n’ai pas eu le temps de prendre des cours d’anglais. »

Étudier ses bandes sonores lui a donné une bonne base. « L’autre défi était de rentrer en contact avec les gens », dit-elle. « Cela aide beaucoup d’avoir une vie sociale et de se faire de bons amis qui parlent anglais. »

Néanmoins, la barrière de la langue, surtout dans cet environnement, était parfois trop grande.

« Je vais vous donner un exemple », explique-t-elle. « C’était juste quelques mois après mon arrivée au Canada. Cela s’est passé à un congrès de la Western Pharmacology Society. Je présentais mes recherches et j’étais nerveuse. J’ai appris ma présentation par coeur, ce n’était donc pas difficile. Mais à cette époque, je traduisais dans ma tête du chinois vers l’anglais et après la présentation, des gens m’ont posé des questions que je ne comprenais pas. J’ai fini par pleurer quand je suis rentrée. Ce fut une expérience humiliante et embarrassante. Même si je m’étais bien entraînée par moi-même, je n’étais pas prête pour cela. »

Mais la langue n’est pas son seul problème. La barrière culturelle est également entrée en jeu avec l’attitude des Canadiens envers les herbes médicinales. « Convaincre les gens ici de la valeur herbes médicinales a été un obstacle énorme. »

« J’ai toujours été intéressée par les herbes médicinales avant même d’entrer à l’école de médecine en Chine. Cela faisait partie de notre vie », explique-t-elle. « Nous utilisions les herbes médicinales pour prévenir les maladies, et quand nous tombions malades, nous utilisions également les herbes médicinales pour essayer de nous guérir. À ma grande déception, à l’école de médecine où je suis allée à Pékin, il n’était question que de médecine occidentale. Nous avons tout appris sur la façon dont les médicaments modernes fonctionnent, mais il n’y avait pas de pharmacologie, pas de science sur les herbes médicinales. Je trouvais que c’était une honte, avec toute cette recherche biomédicale, de ne jamais revenir aux vieux médicaments, ou de ne pas essayer de les améliorer. »

Elle a alors décidé que les herbes médicinales seraient sa voie, y compris au Canada où cela n’était pas très bien considéré par de la communauté scientifique.

Après ses études, elle a démarré une compagnie appelée CV Technologies avec un groupe de scientifiques. « Nous pensions tous que les herbes médicinales avaient de l’avenir. »

Démarrer leur propre compagnie n’a pas été facile. Ils devaient trouver de l’argent et aucun d’entre eux n’en avait beaucoup au début. « Nous avons dû convaincre nos parents et amis. Nous avons dû trouver des investisseurs. Nous sommes restés à flot grâce à des contrats de recherche, développant et testant des médicaments pour les grandes compagnies pharmaceutiques. Plus tard, nous avons eu besoin d’argent pour les essais cliniques et nous n’avions pas assez de financement. Nous avons été obligés d’entrer en bourse à ce moment. » [La société a offert des actions au public]

Ils ont opté pour une approche biomédicale dans le développement du produit. « Je ne crois pas que nous étions les premiers à faire de la recherche sur la médecine traditionnelle chinoise. Mais nous avons probablement été les premiers à développer une technologie unique pour mener ces recherches jusqu’à la commercialisation. »

« Nous cherchions quelque chose - les molécules à partir des sources naturelles. Nous savons grâce à l’utilisation traditionnelle qu’elles augmentent la résistance du corps, tout comme lorsque vous êtes malade et que votre grand-mère vous sert de la soupe au poulet. C’est bon pour vous, non ? Donc, c’était la base de notre recherche, et avec l’échinacée et le ginseng chinois, ce fut la même chose. Finalement nous avons trouvé ce groupe particulier de composés (nous l’avons isolé) qui produisait l’effet le plus important sur le système immunitaire. Nous avons commencé avec du ginseng nord-américain qui poussait au Canada. C’est arrivé comme ça. Il s’agit donc de la meilleure façon de combiner les médicaments traditionnels avec des idées qui viennent de la médecine traditionnelle chinoise; et Cold-FX vient d’herbes nord-américaines. C’est un extrait unique. »

Après un certain temps, CV Technologies a changé son nom pour Afexa Life Sciences.

« Nous avons commencé à commercialiser le produit (Cold-FX) vers 1997. Nous étions présents seulement dans les magasins d’aliments naturels de l’Ouest canadien, et nos revenus étaient minces. Si nous remontons dans notre histoire, ce fut probablement toujours inférieur à un million de dollars. »

Apprendre de son succès

Le succès financier d’Afexa est arrivé en 2003 quand une distribution nationale fut établie. « Nous avons transformé la compagnie et elle est devenue une entreprise rentable. » Une division de la National Institutes of Health (NIH, le premier organisme de recherche au monde) a reconnu deux essais cliniques démontrant que le COLD-FX réduit le risque d’avoir le rhume et la grippe.

La recherche en biotechnologie est beaucoup plus facile de nos jours. Dr Shan est une grande adepte des incubateurs comme le Centre MaRS, à Toronto. « Ce genre d’incubateur peut signifier beaucoup pour le démarrage d’une entreprise quand on n’a pas d’argent.

Le développement d’un médicament est généralement une entreprise à haut risque, en particulier dans le domaine de la biotechnologie ou les domaines relatifs aux sciences de la vie. La recherche et la commercialisation prennent beaucoup de temps. Lorsque vous avez des problèmes financiers, c’est formidable d’avoir des incubateurs. Les tenanciers peuvent partager l’espace et vous pouvez avoir un endroit où aller. Et vous bénéficiez aussi d’un partage d’expertise ... quelqu’un pour vous montrer le chemin. On peut également vous aider à trouver du personnel de talent. »

Dr Shan croit fermement qu’il peut être utile pour les immigrants de retourner aux études, même pour ceux qui sont venus au Canada avec un diplôme.

« Je suis arrivée au Canada il y a 20 ans et si je compare au moment présent, nous sommes bien plus avancés dans le domaine de la communication. Le monde est devenu plus petit. Il ya 20 ans, en Chine, nous ne savions rien sur la culture du Canada, et les Canadiens ne savaient pas ce qui se passait en Asie. Mais maintenant vous pouvez le voir. L’Occident communique avec l’Asie et beaucoup de choses formidables ressortent de cela. C’est formidable, surtout pour les personnes se déplaçant d’un côté du monde à l’autre. »

Dr Shan envisage un jour ou Cold-FX sera commercialisé en Chine. « Si c’est un bon remède, dit-elle, c’est bon pour tout le monde. »

cnm

 

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