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Aidez le système de santé à vous aider

par Claudio Munoz

Plus que toute autre chose, Antony Mohamed semble très fier de son travail. Assis à son bureau au 14ème étage de l’hôpital St Michael, il rit souvent, cherche des informations précises dans son ordinateur, manipule des brochures et essaie de promouvoir les valeurs essentielles de l’hôpital à chaque fois qu’il en a l’occasion. Bien qu’il ne soit pas médecin ni fournisseur de soins de santé, il est manifeste que ce qu’il fait lui tient à coeur. C’est un travail important ; il est le coordinateur des projets spéciaux et des projets sur la diversité pour le programme de santé en milieu urbain. Cela fait de lui, depuis 15 ans, l’un des intervenants clés de la conservation de notre système de soins de santé en coordination avec les communautés environnantes.

Ce n'est pas une tâche facile, spécialement dans une zone de grands changements démographiques comme l’Ontario. La principale entrée de l'hôpital, sur Queen Est, à un coin de rue à l'est de Yonge, a vu des visages de presque chaque pays, de chaque culture et de chaque groupe ethnique de la terre. Après tout, le monde entier vit dans cette ville. Et tôt ou tard, nous devons tous voir le médecin.

Depuis les années 50, la livraison des services de santé a aussi changée. En 1948, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définissait la santé comme « un état complet de bien-être au niveau physique, mental et social, et non, seulement l’absence de maladie ou d’infirmité ».

Dans notre province, cela se traduit non seulement par une couverture de santé universelle, des tests gratuits ou une aide pour payer les médicaments, mais aussi par une promotion de la santé et de l’éducation, de la participation et du respect. On effectue même de la recherche afin de mieux comprendre les besoins de la communauté. Tout ceux vivant ici – les nouveaux arrivants inclus – font partie de l’équipe de soins de santé. Nous devons tous y contribuer.

« On assiste à un décalage culturel, non seulement pour les communautés de nouveaux arrivants mais pour tout le monde » explique M. Mohamed. « On met plus l’accent sur la promotion de la santé, sur le fait de donner aux gens l’information dont ils ont besoin pour prendre des décisions appropriées quant à leurs soins leurs soins. »

Qu’est-ce que le système de santé peut faire pour vous ?

« Il y avait une patiente, une femme des Premières Nations, qui souhaitait inviter un aîné et un joueur de tambour pour une cérémonie d’herbes durant son accouchement », se souvient M. Mohamed. « Nous n’étions pas capables de répondre à toutes ses requêtes. Mais, parce que nous étions en partenariat avec une association des Premières Nations ici en centre-ville, nous avons pu amener un aîné pour dire la prière et un joueur de tambour qui a joué durant la naissance. Nous avons demandé aux pompiers d’éteindre l’alarme à incendie dans la salle d’accouchement, mais d’être présents pendant la cérémonie. C’était vraiment génial » dit-il, encore stupéfait par « ce qui peut être réalisé » quand on fait un effort.

L’expérience est maintenant étudiée par les stagiaires en sensibilité culturelle à St Michael. Le programme de formation promeut l’esprit d’équipe (les travailleurs de la santé viennent eux aussi de partout) tout en présentant aux fournisseurs de soins de santé la diversité culturelle de la communauté qu’ils desservent. Les étudiants analysent comment des concepts tels que le pouvoir et les privilèges sont reliés à des divers « ismes » (racisme, sexisme, homophobie, etc). Mais surtout, la formation leur fournit des exemples réalistes; ils peuvent donc s'entrainer à réagir à une situation donnée.

Un des exercices demande aux participants ce qu’ils feraient si quelqu'un demande à voir un imam.... ce qui est suivi par une deuxième question : qu'est-ce qu'un imam ? L'apprentissage est effectué dans un environnement sans risque, où les fournisseurs de soins de santé n'ont pas affaire à de vrais patients. D'ici à ce qu'ils vous rencontrent, ils seront capables de vous dire quelque chose comme « un imam ? Bien sûr, nous allons contacter notre conseiller spirituel et il vous mettra en relation rapidement avec un imam ».

Avec autant de religions coexistant dans la province, les soins spirituels sont devenus une partie très importante du système de santé. Bien sûr, les prêtres fournissant un réconfort dans les hôpitaux ne sont pas nouveaux, mais il est maintenant possible de consulter facilement des rabbins, des imams, des aînés, etc. Ils ne sont pas nécessairement à l'hôpital tout le temps mais ils peuvent être joints par le personnel.

L'inclusion des différentes religions s'est aussi traduite par des directives qui rendent plus facile, par exemple, la décharge du corps d'un membre de famille de manière précoce. C'est très important pour les membres de la communauté islamique parce que, pour eux, quand un membre de la famille meurt, le corps doit être enterré dans les 8 jours.

Il y a beaucoup d'autres exemples. Les autorités hospitalières ont remarqué que les patients d'Asie du Sud ne mangeaient pas convenablement. Reconnaissant que le manque de nourriture culturellement appropriée pouvait affecter le rétablissement des patients, les hôpitaux ont mis en place des nouveaux menus afin de permettre aux patients de manger ce qu’ils aiment et ainsi de mieux se porter. Maintenant, des mets kasher, végétariens, asiatiques ou autres sont disponibles.

Rita Kang, responsable de l'éducation du patient à l'hôpital de Toronto Ouest, explique les stratégies qu'emploient les hôpitaux pour s’adapter à la diversité de la population qu'ils desservent. « L'hôpital de Toronto Ouest fournit des services d'interprétation, et traduit les documents d’information importants. Il fournit aussi des programmes ethno-spécifiques afin de tenir compte des besoins culturels des diverses communautés » affirme-t-elle.

Les services sont adaptés spécialement à certains groupes, en fonction de l’ethnicité de la communauté avoisinante, permettant à l'institution de fournir des programmes ethno-spécifiques comme le « programme portugais de santé mentale et de dépendances » et « l'initiative asiatique en santé mentale ». Des membres de l'équipe de santé de l'hôpital de Toronto Ouest participent régulièrement aux événements de la communauté et à des foires sur la santé. Ils se rapprochent ainsi de la communauté, et font la promotion des services de l’hôpital. Ils cherchent à impliquer les gens dans leur propre santé à travers des initiatives aussi variées que des ateliers et des campagnes de dons du sang.

L'hôpital de Toronto Ouest possède une bibliothèque ouverte au public qui contient une collection de livres, de DVD et autres documents relatifs à la santé. Quiconque désirant obtenir davantage d'information peut les consulter et en discuter avec un des membres de l'équipe de la santé. Des ordinateurs sont également disponibles pour chercher – aux bons endroits – des renseignements concernant des maladies, des nouveaux traitements ou pratiques.

Cette disponibilité est une part importante d'une vie saine pour les communautés. Le L'hôpital de Toronto Ouest organise « des discussions mensuelles patient-famille », une série de présentations sur différents sujets reliés à la santé comme le diabète ou la ménopause. Les présentations, toujours suivies d'une session de questions et de réponses, sont très populaires – 100 personnes en moyenne assistent à chacune d'elles, et bien qu'elles soient en anglais, l'interprétation au travers de casques d'écoute permet la participation interculturelle.

L'interprétation est un des services les plus importants. « Afin de fournir les meilleurs soins, nous devons être capable de communiquer avec nos clients » explique M. Mohamed.

Les hôpitaux comptent de plus en plus d'interprètes. St Michael offre maintenant des services d’interprètes, en personne ou par téléphone, pour plus de 200 langues. « Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles vous devriez faire affaire avec un interprète plutôt qu'un membre de la famille » explique Christine Papadakos. Elle est directrice de l'éducation du patient et enseigne à des fournisseurs de soins de santé dans la même institution. « Certains membres de la famille pourraient, pour des raisons d’ordre émotif, vouloir protéger les autres membres de la famille et leur dissimuler certaines informations. Ils pourraient édulcorer ce que le médecin dit. Les interprètes des hôpitaux sont agréés, ils ont l'habitude de parler aux gens avec délicatesse, sans cacher la vérité. »

La communication se fait dans les deux sens

La langue n'est pas le seul moyen de communiquer, bien que ce ne soit pas la seule barrière. Pour un système qui pousse le patient à être actif, il est crucial d'être certain d’éviter l’incompréhension le plus possible. Si les fournisseurs de soins de santé communiquent avec les patients de la manière la plus efficace, les résultats sont meilleurs pour les patients. « Dans l'ancien modèle, un patient devait faire ce que le médecin disait » affirme Papadakos. « Selon ce modèle, les médecins n’ont qu’à dire aux patients quoi faire et pourquoi, et les patients le feront. » Les fournisseurs de soins de la santé sont aujourd’hui formés avec des techniques de communication efficaces, dont la communication en face à face et l'enseignement. Ils apprennent à « lire » les personnalités, à détecter quel genre de personne vous êtes et quel genre d'attitude ils doivent adopter pour vous mettre à l'aise et vous rendre confiant. Si vous pouvez expliquer vos problèmes (symptômes) en détails, cela augmente les chances d'un meilleur diagnostic et de bons résultats.

Une personne très directe et pragmatique pourrait se rendre dans le bureau du médecin et lui dire exactement quels sont ses symptômes. Une personne indirecte pourrait plus s'inquiéter des sentiments des autres personnes, « les gens qui sont très directs disent ce qui leur passe par la tête. Ils pourraient parler vite, ils sont plus animés... Ils vous disent s'ils souffrent »
explique Papadakos. « Les personnes indirectes utilisent moins leurs mains, elles pourraient ne pas vous regarder dans les yeux et elles auront moins tendance à vous dire immédiatement ce qui s'est passé ». Sachant cela, un médecin peut utiliser différentes techniques pour mettre son patient à l'aise. « Nous nous entraînons à donner des renseignements, à encourager avec notre langage corporel, et nous apprenons quoi dire ou faire pour encourager les gens à parler – par exemple, ne pas croiser les bras ou tapoter sur le bureau. »

En découvrant comment les patients apprennent, les praticiens peuvent enseigner de manière plus efficace. « Certaines personnes apprennent visuellement, d'autres par le toucher, d'autres en étant impliqués. En tant que fournisseur de soins de santé, vous devrez avoir une liste des ressources où ils peuvent trouver plus d'information – ils peuvent donc s'impliquer, visionner une vidéo ou faire un dessin. »

Les médecins qui suivent cette formation peuvent utiliser un autre outil appelé « enseigner en retour » – où ils demandent aux patients de répéter l'information qu'ils viennent de leur fournir. Si vous pouvez décrire au médecin le traitement ou les doses qu'il a prescrit, cela montre que vous avez bien compris la situation et ce que vous êtes censé faire. Cela aide à éviter toute incompréhension qui pourrait vous ramener à l'hôpital dans un pire état.

Ce que vous pouvez faire pour le système

Beaucoup d'autres programmes pour immigrants, personnes âgées, personnes vivant avec le sida, etc, existent dans les hôpitaux et les centres communautaires. Cependant, pour que ce système fonctionne, tout le monde doit faire sa part, soit rester informé et prêt à rester en bonne santé.

« Poser des questions n'est pas seulement acceptable, c'est encouragé », déclare Papadakos. « Il est important que les patients jouent un rôle actif, en comprenant quel est le problème et ce qu'ils peuvent faire pour le résoudre. Donc pour les docteurs, il est important que vous vous sentiez à l'aise de poser des questions sur tout point qui ne serait pas clair. Responsabilisez-vous en posant des questions. »

Personne n'aura une moins bonne opinion de vous si vous posez des questions. Même l'ingénieur ou le professeur universitaire le plus doué n'ont aucune idée de la manière dont se déroule une opération à coeur ouvert. « Avoir un médecin de famille » dit Mme Kang.

« Vous rendre au centre médical de votre communauté. Ils ont des liens étroits avec leurs communautés, ils peuvent donc vous aider efficacement. Ils peuvent vous aider à vous diriger dans le système; ils offrent de nombreux programmes utiles sur comment rester en bonne santé. »

Elle invite aussi les nouveaux arrivants à découvrir l'OHIP, ce qui est couvert et ce qui ne l'est pas. Il n'y a pas si longtemps, beaucoup de praticiens n’aimaient pas l'idée que les patients recherchent de l'information sur Internet. Mais le fait est qu'il y a un certain nombre de sites Internet d'hôpitaux ou d'institutions de santé qui fournissent de très bonnes informations. Les médecins et les praticiens se rendent régulièrement sur des sites comme Santé Canada ou Mayo Clinic (le site n'existe pas en français). Discutez de ce que vous avez découvert avec votre docteur ou un membre de votre équipe de santé.

Votre santé est votre responsabilité, et les décisions à son sujet sont les vôtres. Les fournisseurs de soins de santé vous donnent autant de choix que possible et, selon vos croyances, besoins ou priorités, vous devrez choisir. Cependant, vous devez reconnaître que le praticien est l'expert. Un des étudiants de Papadakos avait une patiente qui était effrayée d'avoir un examen très douloureux. Il soupçonnait qu'elle avait une maladie mortelle très rare et l'examen était la seule manière de le confirmer. Le médecin a essayé de la convaincre mais, en bout de ligne, c'était à la patiente de décider. Rappelez-vous que vous êtes membre de l'équipe, une équipe qui travaille pour vous.

C'est ce qu’il y a de plus important à comprendre sur le système. M. Mohamed suggère : « allez sur Internet; parlez à votre fournisseur de soins de santé pour comprendre comment fonctionnent les choses. Apprenez où aller selon le genre de problème. Beaucoup de choses peuvent être soignées par les médecins de famille ou les cliniques de consultation sans rendez-vous. Tout n'est pas une urgence. Un des problèmes des immigrants est qu’ils ont tendance à attendre que le problème soit vraiment sérieux. Utilisez votre bon sens, trouvez un équilibre pour vous rendre chez le médecin quand vous en avez besoin. » Si vous êtes intéressé par le système de santé, considérez le fait de vous impliquer. Devenez bénévole, joignez-vous à des comités, poursuivez même une carrière dans le domaine. Soutenez leurs campagnes. Promouvez une vie saine au sein de votre communauté. Ne sous-estimez pas ce que les nouveaux arrivants peuvent faire pour contribuer au système, pas seulement les professionnels formés à l'étranger, mais tous les nouveaux arrivants. Grâce à la diversité culturelle du pays, le guide alimentaire canadien contient beaucoup plus d'ingrédients, de choix et de saveurs qu'il n'en avait auparavant.

L'effet “de la bonne santé des immigrants”

Quand ils arrivent au Canada, la plupart des immigrants sont en meilleure santé que le Canadien moyen. Les médecins, les chercheurs médicaux, les infirmiers, les enseignants des écoles de médecine appellent cela « l'effet de la bonne santé des immigrants ». Les immigrants, sont moins susceptibles d’avoir des problèmes de santé chroniques ou de souffrir d’une incapacité que la population canadienne de naissance et il est plus probable qu'à leur arrivée, ils évaluent leur état de santé comme étant bon, très bon ou excellent. C’est ce que révèle une étude de Statistiques Canada intitulée L'évolution de l'état de santé des immigrants, publiée en automne 2005.

Le professeur Farah Ahmad de l'école d'infirmiers de l'université de Toronto explique que les immigrants qui sont venus pour des raisons économiques – qui ont tendance à être plus jeunes et plus éduqués – ont une meilleure santé au moment de leur arrivée. La recherche nous montre qu'en fonction de leur pays d'origine, la santé de certains immigrants est affectée. L'effet de la bonne santé des immigrants dure jusqu'à 10 ans.

Les raisons ne sont toujours pas claires, mais d'après l’étude, le processus d'immigration et d'installation en lui-même – le stress de trouver un emploi, les contraintes financières et le manque de réseau social – peuvent nuire à l'état de santé des nouveaux arrivants. Bien sûr, le vieillissement est un facteur qui entre dans l'équation, mais pour les immigrants, il est assez clair que le mal du pays ne s’applique pas seulement à la nourriture.

Tous les services présentés dans l'article ont été mis en place pour mieux servir une nouvelle population. Les utiliser ne garantit pas que l'effet de la bonne santé des immigrants perdure, mais cela aide.

Cnm

 

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