| Rester jeune ! |
|
Par Sabine Ehgoetz C’ est comme si le fait de passer le cap de la quarantaine était un crime qu’il fallait cacher à tout prix. Alors que les rides sont toujours considérées comme des signes de sagesse et de force dans certaines tribus, elles ne le sont absolument pas dans notre culture. Personnellement, je n’ai même pas atteint l’âge mûr, mais je ne sors jamais de chez moi sans lunettes de soleil. Non, ce n’est pas parce que je me prends pour une star ou qu’on me demande des autographes, mais plutôt pour cacher cette horrible ligne verticale entre mes sourcils appelée ride du lion, qui s’est récemment creusée. Alors, je fuis la lumière pour éviter de froncer les sourcils. Ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’on la remarque davantage quand je réfléchis profondément, ce qui signifie que je dois cesser toute activité cérébrale ou placer un miroir en haut de mon ordinateur pour me rappeler de défroncer. Évidemment, il y a de nombreuses autres solutions à mon problème. Les méthodes varient des crèmes antirides et injections de comblement à la chirurgie plastique. Depuis que j’ai 25 ans, je choisis mes crèmes pour le visage en fonction de leurs promesses de faire disparaître les rides mentionnées sur l’emballage, mais je n’ai pas encore osé les méthodes plus agressives, et donc plus chères, pour estomper les effets du temps. En effet, le coût n’est pas le seul obstacle. Bien que les experts en « antivieillissement » déclarent avoir trouvé de nouvelles méthodes permettant d’obtenir des résultats complètement naturels, il m’arrive, de temps en temps, de voir des personnes avec des visages effrayants en raison de nombreux liftings. Et honnêtement, j’avoue n’avoir aucune envie de leur ressembler. On pourrait penser que la population canadienne, avec son grand respect de la nature, son amour du camping, de la pêche et de la vie simple, accorderait moins d’importance à des choses superficielles comme les pattes d’oie ou le double menton. Cependant, selon les dernières statistiques parues l’année dernière, en 2003, environ 184 000 interventions de Botox et de collagène ont été réalisées pour un coût de 92 millions de dollars, et 17 628 liftings faciaux non chirurgicaux ont été effectués pour un coût de 70,5 millions de dollars. Ces chiffres ont considérablement augmenté et montrent que les gens sont de plus en plus préoccupés par leur apparence, ici comme ailleurs. À moins que vous ne soyez originaire d’une culture où les aînés méritent le plus grand respect, vous conviendrez que la tendance antivieillissement est en pleine expansion partout dans le monde et pas seulement dans les pays occidentaux. La chirurgie esthétique est extrêmement prisée dans les ex-pays communistes, autant qu’en Amérique du Sud. Même au Moyen-Orient, et dans des pays où les femmes sont supposées se couvrir le visage en public, les traitements de Botox sont disponibles dans tous les centres de soins. Ici en Amérique du Nord, l’âge est devenu synonyme d’échec. Ce n’est pas seulement à Hollywood que les hommes et les femmes se font « lisser » le front pour s’assurer un emploi ou qu’ils se font lifter la lèvre supérieure ou accentuer les pommettes par crainte de ne jamais rencontrer l’amour à leur âge. Je me demande pourquoi je continue à penser à ces méthodes de rajeunissement artificielles alors que j’ai déjà un travail et un mari. En fait, ces rides qui apparaissent sur mon visage me rappellent que je suis mortelle, et cela n’est pas une nouvelle réjouissante. Lorsque je regarde de vieilles photos, je me trouve mieux qu’il y a dix ans, peut-être plus mûre et apparemment plus douée pour me maquiller. Ai-je donc vraiment besoin d’un poison synthétique injecté dans mon visage ? Dans le cadre d’une recherche pour un article précédent sur les méthodes antivieillissement, j’avais demandé conseil à un chirurgien plasticien pour mon cas. Il m’avait suggéré de combler mes plis nasolabiaux avec de l’acide hyaluronique. Honnêtement, je pense que je peux me passer des services de quelqu’un qui souhaite abîmer des parties de mon corps que je n’arrive pas à localiser, surtout s’il compte utiliser des produits chimiques que je ne peux épeler. Remarquez, je n’en ai même pas cherché la signification dans le dictionnaire ! Si j’avais suivi ses conseils, j’aurais pu me débarrasser de cette ligne qui va de chaque côté de mon nez aux coins de mes lèvres. Il aurait utilisé cette substance employée non seulement en cosmétique mais aussi dans le traitement des troubles articulaires chez les chevaux. Après environ six mois, j’aurais retrouvé mon apparence initiale ; donc le seul effet à long terme se serait fait sentir sur mon compte bancaire. Je pense que vous comprenez certainement pourquoi j’ai décliné sa proposition. Il est vrai que tout cela a eu lieu il y a plusieurs années lorsque j’étais dans la vingtaine et que les premiers signes du vieillissement semblaient encore très loin. Aujourd’hui, je suis plus désespérée lorsque je vois cette ride du lion devenir de plus en plus visible jour après jour. Et la raison secrète pour laquelle de nombreuses belles femmes ont recours au poison voire au bistouri : les rides ne nous font pas seulement paraître plus âgés, elles nous donnent un aspect amer, triste ou méchant. Elles sont différentes de celles qui soulignent les rides du sourire qui indiquent tout simplement que nous sommes des personnes joviales. Lorsqu’elles apparaissent, nous avons une preuve visible sur nos visages qui prouve que nous nous inquiétons ou stressons trop, et que nous ne sommes pas que joie et gaieté. Peut-être un jour accepterai-je plus facilement les traces que la vie a laissées sur ma peau… Enfin, je pourrais me permettre de vieillir gracieusement mais le chemin est encore long… |


