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Sortir du placard

par Sandra Fletcher

Lorsque Stéphanie, fille d’immigrants d’Europe de l’Est, s’est présentée aux funérailles de sa mère, la police l’attendait pour l’escorter vers la sortie de l’église. Elle savait que sa mère, qui avait toujours été une femme conservatrice et bonne chrétienne, n’aurait pas souhaité qu’elle fasse une scène à l’église. Elle savait aussi combien sa mère l’aimait. C’est cet amour et ce soutien que sa mère lui avait témoignés qui ont permis à Stéphanie de s’en aller.

Pourquoi ne lui était-il pas permis d’être là ? Stéphanie est née garçon. « Tom » vit depuis cinq ans en tant que femme. Lorsqu’elle a annoncé à ses parents qu’elle était transgenre et qu’elle allait vivre en tant que Stéphanie, tous deux lui ont dit qu’elle ne faisait plus partie de leur famille. Il a fallu cinq ans de durs efforts, de la part de Stéphanie et de sa mère, pour rétablir leur relation. Son père n’a jamais pu l’accepter et s’est assuré que tout le monde sache qu’elle avait été rejetée et qu’elle n’était pas la bienvenue.

Pour la plupart des gais, des lesbiennes et des personnes transgenres se dévoiler à ses amis et à sa famille n’est pas une décision facile. « Sortir du placard » renvoie à la notion que les homosexuels qui ne communiquent pas à leur entourage leur orientation sexuelle se cachent et que le seul moyen de se libérer, c’est de se révéler.

Quoique les parents aimeront toujours leurs enfants, la différence entre leurs valeurs traditionnelles et le style de vie de leurs enfants est parfois trop difficile à surmonter. Pour les familles de culture et de religion différentes, ces problèmes peuvent être pires.

Les attitudes envers l’homosexualité diffèrent à travers le monde. De fait, le Canada est considéré comme extrêmement modéré dans ses vues et son traitement des homosexuels. Dans le cadre du sondage Pew Global Attitudes Survey effectué en 2007, le Canada fait partie des pays qui considèrent que l’homosexualité devrait être acceptée dans une proportion de 70 pour cent. Le Canada est aussi le deuxième pays au monde à avoir légalisé le mariage entre homosexuels.

Les gens qui immigrent au Canada viennent de partout au monde et donc peuvent ne pas partager les mêmes vues libérales que la majorité des Canadiens. Modifier ses attitudes, acquises tout au long d’une vie, de manière à ce que ses valeurs reflètent celles du pays adoptif peut être difficile.

Certaines personnes immigrent spécifiquement au Canada pour bénéficier de nos attitudes plus tolérantes et de la légalisation des mariages gais. Steffan et Daniel ont tous les deux déménagé au Canada, en provenance de l’Allemagne et des États-Unis respectivement, pour épouser leur conjoint de même sexe. L’acceptation de la société canadienne l’emporte sur le stress d’apprendre une nouvelle langue, déménager loin de sa famille et changer complètement de milieu et de carrière.

Le fait de se révéler relève le plus souvent d’une lutte pour la personne qui s’apprête à le dire à sa famille et à ses amis. Quoiqu’il existe des organismes pour les épauler, la plupart des personnes passent par ce processus seules.

Liam Bailey anime un groupe de soutien en ligne pour les personnes qui se sont révélées et qui ont fait part à leurs amis et à leur famille de leur homosexualité.

Liam dit que « se révéler, sur le coup, peut être l’une des choses les plus difficiles à entreprendre dans une vie ». Avoir affaire à une famille et une communauté tolérantes peut déjà être dur, mais faire face aux préjugés religieux et culturels pose des défi s encore plus grands.

« Certains de mes amis, explique Liam, ont eu du mal parce que dans leur famille, on ne parle pas ou on ne voit pas à la télévision ou dans les médias de relations gaies. Presque toutes leurs familles ont nié le fait. » D’ailleurs, l’acceptation ou le rejet d’une famille peut s’avérer décisif pour une jeune personne sur le point de se dévoiler.

M., dont la famille est immigrée du Moyen-Orient, a fait part à ses parents de son orientation sexuelle lorsqu’il était à l’école secondaire, lors de leur première année au Canada. En entendant que son fils était gai, le père de M. l’a non seulement rejeté mais chassé du domicile familial à l’âge de 17 ans. Pour M., il était non seulement difficile de trouver sa place dans la communauté gaie, mais de plus il se retrouvait sans abri et obligé de faire face au rejet de sa famille.

Pour surmonter le stress, M. s’est tourné vers l’alcool et les drogues. En conséquence, il a souffert d’une overdose presque fatale. En difficulté, il a appelé ses parents et c’est son père qui est venu le chercher à l’hôpital.

Quoique cela ne soit pas accepté sur le plan culturel et religieux dans leur communauté, ses parents et ses frères et sœurs ont finalement accepté M. et son partenaire au sein de leur famille. Ils font partie de la famille mais ne sont pas, dans certaines occasions (comme lors des fêtes religieuses), totalement acceptés.

La famille de Joan était très fière d’elle lorsqu’elle s’est faite nonne au sein de l’église catholique. Lorsqu’elle a quitté l’église pour commencer une nouvelle vie avec sa partenaire, elle aussi nonne, ils sont restés sidérés pendant quelques semaines mais ont par la suite fini par l’accepter.

Quoique leur église leur enseigne que l’homosexualité est un péché, la famille de Joan a choisi d’accepter Joan plutôt que les enseignements de leur religion. Joan remarque : « ça n’a jamais été un problème pour mes soeurs et c’était comme si ma mère l’avait toujours su. »

Dans certaines familles, le fait d’accepter l’homosexualité de leur fils ou de leur fille est aussi naturel que d’accepter tout autre aspect de la vie de leurs enfants. Parents and Friends of Lesbians and Gays Canada (PFLAG) www.pflagcanada.ca soutient, sensibilise et rend disponibles des ressources pour les parents, les familles, les amis et les collègues qui se posent des questions sur l’homosexualité.

Selon PFLAG, « nous vivons dans une société hétéro-sexiste. Cela veut dire que nos pensées collectives et nos comportements sont commandités par la supposition inhérente que tout le monde est ou devrait être hétérosexuel. Certaines personnes se sentiront mal à l’aise de constater quoi que ce soit qui puisse contredire cette supposition. Ce malaise s’appelle l’homophobie. »

C’est l’homophobie – la peur de personnes qui sont différentes du fait de leur orientation sexuelle – qui fait que tant d’homosexuels continuent à se cacher ou à « rester dans le placard ». Certains homosexuels ne prendront pas cette décision et ne se révèleront jamais. Il s’agit d’une décision qui ne doit pas être prise à la légère ! PFLAG offre des groupes de soutien aux personnes qui y sont confrontées. Liam Bailey déclare : « à tous ceux qui songent à se révéler - ne laissez personne vous pousser à faire ce saut. On apprend ainsi qui sont nos vrais amis. »

L’acceptation est une leçon importante pour les familles et les amis – peu importe d’où vous provenez. L’amour inconditionnel et l’acceptation de la part de personnes qui vous soutiennent peut rendre un dur parcours plus facile et la route cahoteuse du bonheur plus lisse.

cnm

 

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