Banner
Accueil Array Numéro 27 Array Retourner à l’école ou reprendre à zéro
Retourner à l’école ou reprendre à zéro PDF Print E-mail

par Sabine Ehgoetz

Dès l’école secondaire j’ai su que je voulais devenir journaliste, en grande partie en raison de ma nature curieuse, mais aussi parce que mes professeurs me disaient que j’avais un réel talent pour l’écriture.

Sachant à quel point ce domaine était compétitif, j’avais déjà, au cours de mes études en politique et science des médias à l’université, écrit des articles pour divers journaux. J’ai été extrêmement chanceuse de trouver un poste à plein temps d’éditeur en ligne immédiatement après l’obtention de ma maîtrise.

Quelques années plus tard cependant, mon plan de carrière si bien organisé a pris un tournant inattendu : j’ai décidé de quitter mon pays pour m’installer au Canada, non pas pour des raisons de promotion professionnelle mais pour des raisons de cœur. Si vous avez fait de même – et cela ne fait aucune différence si vous avez immigré pour l’amour d’un conjoint ou pour celui de la liberté économique et politique – vous savez probablement que vivre ici peut avoir un prix : la rupture permanente, soudaine et souvent douloureuse avec une profession que vous aimiez tout autant.

Il est vrai que mon chagrin aurait pu être pire ; ce n’était pas définitivement terminé entre moi et le journalisme. J’ai été en mesure de continuer à travailler pour la compagnie d’édition pour laquelle je travaillais en Allemagne, et il ne m’a pas fallu trop longtemps pour que l’opportunité me soit donnée d’écrire pour le merveilleux magazine que vous tenez actuellement entre vos mains. Malgré tout, j’ai dû réaliser assez vite que je n’aurais jamais les mêmes chances de trouver un poste à plein temps dans les médias qu’un auteur canadien autochtone, de langue anglaise et diplômé.

Comme nous le savons tous, il est bien plus facile de dépenser de l’argent que de le gagner. Assez tôt, la combinaison dangereuse du temps libre, de mon attirance pour les grands magasins et de séances de yoga relativement chères m’a fait comprendre qu’il me faudrait trouver plus de travail. Après quelques recherches sur le marché du travail canadien, j’ai trouvé deux solutions : soit réunir le reste de nos économies en raclant les fonds de tiroirs, retourner à l’école pour prendre un cours de journalisme en anglais et mettre à jour mes qualifications, soit ravaler ma fierté et faire quelque chose qui nécessitait peu de compétences, sans parler de huit semestres épuisants d’études à l’université.

Bien sûr, le dernier choix ne semblait pas du tout attirant, surtout quand j’imaginais comment ma famille en Allemagne réagirait quand je leur annoncerais que je servais le café pour vivre. « Et c’est pour ça que l’on a payé des années d’études ? » Ce n’était vraiment pas ce que j’avais envie d’entendre.

S’inscrire dans un des programmes relais (des cours offerts exclusivement aux immigrants pour les aider à être certifiés dans leur profession antérieure afin qu’ils puissent travailler ici) peut avoir beaucoup de sens pour les nouveaux arrivants, surtout dans des domaines comme l’enseignement ou la santé. Un de mes amis, originaire d’Inde, conduisait un taxi pour payer ses cotisations, jusqu’à ce qu’il décide de suivre le cours dont il avait besoin pour retrouver son ancienne profession de professeur de collège. Bien qu’il ait trouvé rapidement un travail satisfaisant et bien payé après cela, ces deux années d’études supplémentaires et les quelques 5000 dollars de frais ne sont sûrement pas à la portée de tous. La dame qui faisait le ménage chez moi quand je travaillais à plein temps a pris un chemin différent : avant de quitter l’Ukraine, elle était professeure d’université. Comme son anglais n’était pas bon à son arrivée au Canada, elle a commencé à travailler comme femme de ménage. Quelques années plus tard, elle a décidé de devenir entrepreneur en suivant un cours de gestion et de fonder sa propre compagnie de nettoyage. Aujourd’hui, elle gère une compagnie de plusieurs employés couronnée de succès.

Dans mon cas, notre triste compte en banque m’a indiqué que je n’avais ni le temps ni l’argent pour m’inscrire dans un programme collégial et repartir pour deux années presque sans revenu. Cependant, la chance a encore une fois été de mon côté : quelques minutes après avoir poussé un grand soupir et rempli le formulaire d’application pour commencer à travailler chez Loblaws, j’ai reçu un coup de téléphone d’une compagnie qui était intéressée à m’embaucher en tant que traductrice à plein temps. Par pure coïncidence, ils avaient trouvé mon CV affiché sur un site Internet de commerce Germano-Canadien. Bien que devenir traductrice ne m’était même pas venu à l’esprit avant, j’ai évidemment accepté avec plaisir. Rapidement, je suis tombée de nouveau amoureuse : de mon nouveau lieu de travail, de mon poste intéressant et de mes nouveaux collègues. De plus, j’ai fini par gagner presque autant qu’en Allemagne et sûrement beaucoup plus que ce que j’aurais fait comme caissière dans un supermarché.

Le meilleur dans tout ça : je suis allée faire les magasins pour me constituer une nouvelle garde-robe complète et, cette fois, j’étais même capable de justifier mes dépenses !

CNM

 

© 2012 Canadian Newcomer Magazine
About Us | Contact Us | Privacy Policy

Designed and developed by Clue Design, Toronto web design company.