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Accueil Array Numéro 26 Array Entre les couches et le bureau
Entre les couches et le bureau PDF Print E-mail

Par Sabine Ehgoetz

Vous auriez du mal à croire à quel point les femmes vivent différemment le fait de retourner au travail à la suite d’un congé de maternité. Une de mes amies m’a dit récemment qu’elle était impatiente de retourner à son poste et de voir autre chose que bébé faire caca et baver tous les jours. J’ai trouvé cette déclaration assez surprenante, compte tenu du fait qu’elle est chirurgienne : si l’explosion de la couche la plus nauséabonde ne me fait même plus plisser le nez, je serais malade comme un chien si je risquais ne serait-ce qu’un coup d’oeil au-dessus de son épaule lorsqu’elle travaille.

La mère d’un autre bébé, âgé de presque un an, m’a dit qu’elle tombait en larmes à chaque fois qu’elle pensait au fait de le laisser une journée pour retourner prochainement au travail. Elle a même commencé à avoir des crises de panique au cours de la nuit maintenant que sa ‘pause bébé’ arrive à sa fin. Si vous pensez que c’est un peu exagéré, il faut savoir que l'angoisse de la séparation n’est pas seulement un problème grave pour les bébés, mais aussi pour les mères, et peut même conduire, à long terme, à de la dépression, comme de nombreuses études psychologiques l’ont révélée.

Personnellement, je pense que c’est tout autant une malédiction qu’une bénédiction de ne pas avoir un emploi à temps plein qui m’attend maintenant que mes jumeaux sont sur le point de devenir des tout-petits. Certes, la sécurité financière serait grande, et je pourrais vraiment apprécier d’être autre chose que « maman » de temps en temps.

Les données recueillies par Statistique Canada montrent qu'en 2005, près de 72 % de toutes les mères ayant des enfants de moins de six ans avaient un emploi (par rapport à 68 % en 1999), et il serait bon d’avoir simplement l’impression de faire partie de cette majorité.

De plus, une étude réalisée par la division des Analyses des entreprises et du marché du travail a montré que plus les femmes attendent avant de retourner sur le marché de l’emploi et plus elles auront de difficultés à trouver un emploi tout court.

La gestion de l’argent au quotidien est une autre question. Bien que j’élève non pas un, mais deux bébés en même temps, le gouvernement ne m’accorde que les habituelles 35 semaines de prestations parentales auxquelles l’ensemble des employées mères ont droit. Les 100 dollars « bonus universel de garde d’enfants » que reçoivent chaque mois toutes les familles canadiennes, indépendamment de leurs revenus, pour chaque enfant de moins de six ans, sont clairement une goutte d’eau dans l’océan de ce qu’il faudrait pour subvenir aux besoins d’une famille. En fait, durant les trois premiers mois de leurs vies, mes garçons ont rempli sans vergogne pour environ 200 dollars de couches.

Du côté négatif d’avoir un revenu stable se trouve tout simplement la perspective terrifiante que non pas moi, mais une éducatrice à la garderie puisse être le témoin de leurs premiers pas ou qu’ils puissent apprendre à dire « nounou » avant de pouvoir prononcer clairement « maman ». Il est de notoriété publique qu'il existe un temps au début de vie du bébé où il commence à pleurer dès que sa mère sort de sa vue.

Bizarrement, alors que les miens commencent tout doucement à surmonter cette phase, je n’y suis pas. Bien sûr, je suis reconnaissante de toute occasion de pouvoir sortir et faire quelque chose pour moi-même, mais, vraiment, tout ce que je fais au cours de ma manucure ou avant et après un cours de yoga est de parler de mes bébés. Je suis également tout à fait certaine que bientôt, ils vont commencer à rire de moi quand je leur dirai combien ils m’ont manqué dès mon retour de l’épicerie.

J’entends de la part de beaucoup de mères travaillant à temps plein à quel point elles se sentent tristes et coupables quand, en tournant le coin de la rue, elles laissent leurs tout-petits ou même jeunes enfants aux soins d’une autre personne quotidiennement. Je suis absolument convaincue que mon cœur se briserait si je devais faire la même chose.

En général, ma façon de faire face à cette situation est d’essayer de tout avoir. Je travaille de la maison sur une base indépendante, ce qui est faisable, mais peut être difficile. En ce moment, alors que je suis en train de taper ces mots, un de mes fils âgés de 11 mois remonte ma jambe et fait un commérage d’enfer dans des mots totalement incompréhensibles alors que l’autre essaie de voler la souris de l'ordinateur de ma main. Je me demande parfois à quel point il aurait été plus facile de vivre à une époque où les mères n’étaient pas supposées, et dans la plupart des cas, n’avaient même pas le droit, d’être autre chose que des ménagères.

Je dois admettre que cela n’aurait pas été un scénario idéal pour moi, puisque j’aurais dû faire un bien meilleur effort à la cuisine et que mon mari n’aurait probablement pas fait sa part pour le changement des couches ! Aujourd’hui cependant, il semble que nous, les femmes, sommes toujours en train d’essayer d'être tout à la fois : des bonnes mères, des épouses attentives, des ménagères soigneuses, des professionnelles à revenus fixes robustes et fiables.

Je suis totalement fascinée par ce qu'on appelle les « mompreneurs » - un mot de création relativement récente, qui décrit les mères qui démarrent leur propre entreprise en plus de toutes les tâches liées au début de la maternité. Honnêtement, j’adorerais faire de même : être mon propre patron et consacrer mon énergie à quelque chose qui me passionne vraiment, mais je ne peux pas imaginer comment je pourrais trouver suffisamment de temps pour cela. La pression de tout faire en 24 heures est déjà énorme, et bien que mes petits fassent enfin leurs nuits, j’ai besoin de quelques heures de sommeil pour moi-même afin d’avoir la force de courir après eux toute la journée.

Une autre difficulté que beaucoup d’entre nous vivons au moment de retourner au travail et qui est souvent sous-estimée est l’image que nous avons de nous-mêmes. Je connais une femme au très grand succès, PDG d'une grande entreprise, qui m’a dit l’autre jour qu’elle était très nerveuse à l’idée de donner une présentation importante, après son retour dans le monde des affaires. Je peux comprendre : après près de 12 mois à l’extérieur du bureau, je trouve qu’il est difficile de m’imaginer en réunion autour d’une table de conférence. Pire encore, j’ai tellement pris l’habitude de porter des pantalons de yoga et d’avoir des taches de vomi sur ma chemise que l’idée de m’habiller en costume avec des chaussures à talons me semble presque ridicule.

Au moment même où je m’apprête à prendre une pause après avoir fini cette histoire afin de jouer un round de cache-cache derrière mon fauteuil de bureau et de prétendre être Winnie l’ourson avec une voix stupide, je me rends compte que je ne suis tout simplement plus la femme de carrière que j’étais. Je pourrais avoir à devenir l’une d’elles à nouveau dans un futur proche, mais pour l’instant, je suppose, j’aurais plus tendance à vivre avec un peu d’insécurité financière plutôt que de passer à côté de ce moment unique de la vie de mes enfants, puisque chaque semaine semble être une colossale nouvelle étape pour eux. Je me considère très chanceuse de ne pas être dans la position de mon mari, à savoir le principal revenu de la famille, qui ne peut les voir que pour un bref moment, le soir et la fin de semaine.
Et maintenant, j’ai peur, je dois courir ! Les deux réclament un câlin - et si vous me demandez, il n’y a pas de meilleur « travail de responsabilité » dans ce monde que je voudrais effectuer.

CNM

 

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