| Des immigrants réticents |
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par Teenaz Javat Un grand nombre de personnes âgées suivent leurs enfants adultes au Canada. Le plus souvent, ce sont des retraités parrainés par leurs enfants qui ont décidé de faire du Canada leur nouvelle maison. Beaucoup se retrouvent sans autre choix que de quitter leur pays d’origine quand leurs enfants s’éloignent. Dans certains cas, pas tous, ils constituent de plus en plus la cohorte d’« immigrants réticents ». Nous présentons ici trois portraits de personnes âgées nouvellement arrivées au Canada et comment ils ont réussi à s’adapter à leur « nouvelle vie dans leurs vieux jours ». Shawak Jamshedji Hira (92 ans). Habitant du quartier de Rexdale Toronto depuis plus de dix ans, dont cinq tout seul, puisque son épouse bien-aimée Roshan est décédée, Hira est toujours actif dans sa communauté. En tant que président de la York Condominium Corporation (YCC60), il supervise le fait de pouvoir louer des appartements aux nouveaux arrivants. Hira prend son travail au sérieux. « J’avais l’habitude de travailler pour le journal du Pakistan, donc je vois tout avec un oeil critique. Je suis peut-être vieux, mais mon esprit est encore clair », ajoute-t-il. Hira est venu à Toronto de Karachi, au Pakistan, en 1987. Il a été un fervent sportif et a représenté sa communauté en tant que capitaine des équipes de hockey sur gazon et de cricket. Selon lui, c’est son esprit d’équipe qui lui a permis de prospérer dans ce pays froid qu’il appelle sa patrie. Pas du genre à regretter le passé, son message aux immigrants aînés est le suivant : nous sommes tous venus ici non pas par choix, mais pour ne pas être en reste. « Même après avoir vécu ici pendant plus de 20 ans, il reste très difficile de s’adapter à ce climat froid car celui du Pakistan est très chaud. Nous nous sommes dit que nous serions bien seuls à Karachi. Alors, même si j’avais 70 ans, ma femme et moi sommes partis pour être avec nos enfants. » Hira ne regrette pas sa vie passée à Karachi. Il était en charge de l’impression pour le plus important journal de langue anglaise du Pakistan, Dawn. Mais une fois au Canada, il s’est impliqué dans sa communauté. « Il n’y a pas à ruminer le passé. Plus vite vous décidez d’accepter que le Canada sera votre maison plus vite vous serez heureux. » Membre de deux clubs locaux, Hira s’est fait beaucoup de bons amis, avec son sens de l’humour. Il vit seul, mais ses deux fils et trois petits-enfants vivent à proximité de Brampton et Mississauga. Il y a deux ans, Hira a été hospitalisé pour une assez longue période. Mais son attitude positive et son doigt de scotch par jour lui ont permis de passer au travers. « Je n’ai jamais été un fardeau pour mes enfants et j’espère que je pourrai vivre par moi-même jusqu’à ma mort. » Edal Minocher Khambatta (87 ans). Malheureusement, ce le fut... Le déplacement au Canada a été différent. Même après avoir vécu au Canada pendant sept ans, Khambhatta, un vétéran de la guerre qui passe ses hivers à Vancouver, en Colombie-Britannique, où son fils et trois petites-filles grandissent, regrette toujours sa patrie. Sa fille et sa famille habitent à Mississauga, donc il passe ses étés en Ontario. Il a aussi une sœur qui vit seule dans un immeuble pour personnes âgées à Mississauga. Plus aucun de ses proches n’habitant dans sa patrie d’origine, c’est le climat chaud laissé derrière lui qui manque à Khambhatta. Son épouse est morte d’un cancer il y a près de 20 ans, mais un large groupe d’amis avait l’habitude de se rencontrer au coin de sa rue, chaque matin, et ils passaient le temps à se ressasser des souvenirs de leur jeunesse. Cet esprit de camaraderie lui manque au Canada. Bien qu’il parle anglais couramment, il n’a pas encore surmonté la barrière de la culture et son pays natal lui manque terriblement. « J’aime faire ma marche quotidienne, ce que je ne peux pas faire même en été car j’ai toujours froid. Mes amis ne sont pas ici, mes enfants et petits-enfants adultes sont impliqués et occupés avec leurs propres vies. Fondamentalement, je suis seul ». En arrivant au Canada, Khambhatta a subi une crise cardiaque et on lui a implanté un stimulateur cardiaque au cœur. Il passe souvent pour faire des promenades le long du secteur riverain de Vancouver, accompagné de ses petits-enfants. Mais il a encore froid. « Le jour où je pourrais m’habituer au climat du Canada sera le jour où, je pense, je l’aimerai ». Peut-être... Peut-être pas... car s’adapter à un nouveau lieu à l’âge de 87 ans est un défi de taille. Manijeh L. Doctor (77 ans). Durant plus de 35 ans, elle a travaillé dans une cuisine où la température moyenne était de 35 degrés ou plus lorsque l’humidité s’installait. « À Mumbai, les congélateurs industriels ne sont pas si froids », dit-elle à sa fille en Gujarati alors que nous lui rendions visite à sa maison pour personnes âgées, à Scarborough. Doctor est arrivée à Toronto en 1994 à l’âge de 62 ans. Ses deux filles y étaient installées; il n’y avait donc personne à Mumbai pour s’occuper d’elle. Avec la vieillesse progressant et un coeur fragile (elle a subi une crise cardiaque il y a quelques années) son médecin a recommandé qu’elle soit déplacée vers un foyer de soins où l’aide médicale serait disponible 24h/24h, sept jours sur sept. Ne parlant pas anglais, Doctor a d’abord eu un peu peur car près de 60 % des habitants de la maison pour personnes âgées étaient des blancs canadiens. Toutefois, étant une personne sympathique, elle a commencé à aider les plus âgés et fragiles avec leurs repas et, lentement mais sûrement, elle a conquis le cœur et l’esprit de tout le monde autour d’elle. « Ma fille me visite chaque jour et lors d’occasions spéciales, elle me ramène à la maison », dit-elle en Gujarati. Assez indépendante, Doctor aurait certainement aimé rester dans la chaleur de Mumbai. Mais le fait d’être près de ses enfants et de regarder grandir ses petits-enfants est encore meilleur, même depuis la fenêtre d'une maison pour personnes âgées. CNM
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