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Un gai pays PDF Print E-mail

Par Benoit Hardy-Vallée

Nous avons traversé la frontière des États-Unis à Niagara Falls, en Ontario, au Canada, en février 2002. Ce fut une expérience incroyable, probablement l’une des expériences les plus heureuses et angoissante de ma vie. Il ne nous a pas fallu longtemps pour démarrer notre nouvelle vie à Toronto. C’est une ville vraiment étonnante dans un pays fantastique que nous sommes fiers de considérer comme le nôtre. »

Ainsi s’exprime un couple relatant son histoire sur ourlovematters.com : lui, Américain, et lui, Vénézuélien. Ce couple homosexuel faisait face à une question déchirante : comment demeurer ensemble ?

En vertu des lois américaines, un mariage ne peut s’appliquer qu’à l’union d’un homme et d’une femme. Le partenaire d’origine vénézuélienne, voyant son visa d’étudiant bientôt échu, ne pouvait plus demeurer aux États-Unis. Ne pouvant être légalement marié, le couple devait soit demander l’asile politique, soit émigrer au Vénézuela. Or, il y avait une troisième voie : émigrer vers un pays où l’union de personnes du même sexe est reconnue, comme, par exemple, le Canada.

Un long chemin parcouru

Jusqu’aux années 60, l’homosexualité était considérée comme une maladie psychiatrique et un
péché aux yeux de l’Église catholique. Les homosexuels devaient cacher leur orientation, faute de quoi on leur interdisait certaines professions. Si la psychiatrie reconnaît aujourd’hui que les préférences sexuelles n’ont rien de déviant, l’Église y voit encore une forme d’immoralité.

Cependant, comme la religion n’a aujourd’hui qu’une fonction marginale dans l’administration de
notre société, l’homosexualité fait partie du quotidien canadien. Il y a, certes, encore certaines formes de discrimination, ainsi que des groupes conservateurs qui s’opposent aux unions gaies, mais dans l’ensemble, on peut constater que la société canadienne est tolérante et ouvertes aux moeurs les plus diverses. On dénombre environ 45 000 couples gais au Canada.

Non seulement on peut vivre ouvertement son homosexualité au Canada, mais on peut en plus se marier (pas encore à l’Église, toutefois !). Les unions de fait (soit le titre de « conjoints de fait ») sont reconnues au Canada pour les couples du même sexe depuis 1999. En 2005, le pays est devenu le quatrième au monde à reconnaître les mariages homosexuels (bien que d’autres provinces aient reconnu le droit auparavant).

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a tenté de renverser cette loi en 2006, mais cette motion a été défaite. Ainsi, depuis 2003, date à laquelle le premier mariage gai a été célébré en Ontario, plus de 12 000 couples gais se sont dit « oui » pour le meilleur et pour le pire. Ce sont aujourd’hui plus de 15 % des couples gais canadiens qui sont mariés.

Si les couples gais peuvent se marier, ils peuvent aussi divorcer. Dans l’excitation créée par le débat sur les mariages de même sexe, les administrateurs publics avaient oublié un petit détail : si l’on change la définition du mariage, il faut aussi changer celle du divorce ! Cela fut rectifié en 2004.

Immigration et homosexualité

Ainsi, les couples canadiens de même sexe ont les mêmes droits que les couples hétérosexuels. L’un des droits (et c’est ce qui faisait défaut au couple mentionné au début de l’article) est de parrainer leur conjoint de même sexe pour immigrer au pays dans la catégorie du regroupement familial. Pour les conjoints de fait, il faut prouver la légitimité de l’union, de même que la cohabitation depuis plus d’un an, mais ces mesures sont les mêmes que pour les conjoints hétérosexuels. Citoyenneté et Immigration Canada reconnaît aussi les mariages gais contractés hors du Canada. Finalement, CIC reconnaît les mariages gais ou unions civiles entre les citoyens ou résident permanents canadiens et les immigrants.

Donc un couple gai (conjoints de fait ou mariés) dont l’un des membres est canadien n’a pas à être séparé pour des raisons légales, et un couple gai non-canadien peut immigrer au Canada. Légalement et socialement, l’amour du même sexe est possible.

En dehors de la catégorie du regroupement familial, il est aussi possible d’immigrer au Canada lorsqu’on est homosexuel (en couple ou non) si l’appliquant craint, avec
raison, d’être persécuté dans son pays d’origine. Depuis 1993, l’orientation sexuelle peut constituer un motif d'asile au pays. Le problème, cependant, est que les immigrants homosexuels fuient leur pays par peur de la persécution mais n’osent pas avouer leur homosexualité aux gents
d’immigration ou aux douaniers.

Comme il le racontait à La Presse, Ali, un immigrant libanais, était incapable de donner la vraie raison de sa demande de réfugié. Il préférait dire que le Hezbollah le harcelait plutôt d’avouer qu’il était un homosexuel en fuite, « par habitude de la peur ». Cela créé toutefois un autre problème administratif et légal : comment départager les cas réels des cas « bidon » ?

Cette question, ce sera au gouvernement d’y répondre. En attendant, qu’on le sache, le Canada
est une société où le mariage, l’union de fait et l’amour n’impliquent pas uniquement un homme et une femme, mais deux personnes qui s’aiment.

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