| Comment progresser dans le secteur des finances |
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Par Gilda Spitz Lorsqu’elle vivait à Manille, aux Philippines, Marietta Gique partait de chez elle très tôt le matin. Elle avait son propre cabinet comptable qu’elle avait fondé après avoir été comptable dans une banque pendant des années et enseignante de comptabilité à l’université. « Aux Philippines, j’avais aussi une boulangerie », dit-elle en souriant d’une voix douce et parfaitement claire. « Je préparais des biscuits et des gâteaux… et je les apportais à la banque Manuvie Philippines. Mon emploi du temps était le suivant : j’enseignais jusqu’à midi et ensuite je rentrais à la maison où les ingrédients m’attendaient pour préparer des biscuits et des gâteaux à la banane. » Mais même avec trois emplois, le salaire demeurait insuffisant Comme son frère Francisco, qui est aussi comptable, était déjà à Toronto, elle décida de le rejoindre. Elle immigra en 2005 et à l’instar de nombreux nouveaux arrivants, elle se rendit compte rapidement qu’il était difficile de trouver du travail. « Je n’avais aucune expérience canadienne, mais je refusais de baisser les bras ou d’accepter un boulot de survie. Mes recherches étaient interminables, j’imprimais mon CV et je le déposais dans de nombreuses banques et agences, mais personne ne me contacta. » Un de ses amis des Philippines, qui travaillait dans l’une des grandes banques du Canada, lui demanda son CV. Et juste après, on l’appela pour une entrevue, puis deux mois plus tard, elle fut recrutée comme agent d’établissement avec un contrat de neuf mois. Lorsque son contrat arriva à terme, elle déménagea à Calgary avec son frère. Non seulement ils n’y trouvèrent pas de logement, mais la ville était chère et, comme à Toronto, il leur manquait le réseau nécessaire pour trouver un emploi. Elle n’avait aucune expérience dans l’industrie pétrolière et gazière, et un poste de comptable y était encore plus difficile à obtenir. « Après cela, je décidai de retourner aux Philippines. » Elle y passa quatre mois sans emploi et Toronto lui manquait terriblement. Elle décida alors de s’accorder une deuxième chance et retourna au Canada en 2007. Un programme qui vous concerne En juillet 2007, elle était à Skills for Change, pour améliorer ses compétences informatiques, lorsque quelqu’un lui parla du programme International Accounting and Finance Professionals (IAFP) de l’école d'éducation permanente G. Raymond Chang de l’université Ryerson. « Je lui répondis que je n’en avais pas besoin car je ne voulais pas suivre de remise à niveau, et qu’en plus je n’en avais pas les moyens », explique-t-elle. Elle était déjà membre du bureau de l’association des comptables Philipino-Canadiens. Et l’une de ses tâches était de coordonner une session d’information dans le cadre du programme de Ryerson. « En tant que membre du bureau, je devais y participer et ne pouvais en aucun cas refuser », se rappelle-t-elle en souriant maintenant. « La présentation fut bonne et ils nous montrèrent comment ils pouvaient nous aider, puis je finis par assister aux cours. » Au début, elle occupait un poste dans une autre banque, loin d’être celui auquel elle aspirait. Salman Kureishy, directeur du programme IAFP, explique que la plupart des étudiants sont des nouveaux arrivants. La majorité est composée de personnes comme Marietta qui sont au Canada depuis assez longtemps, qui travaillent dans leur domaine mais qui n’évoluent que très lentement. « Certains d’entre eux ont besoin d’améliorer leurs aptitudes à communiquer, d’autres manquent de savoir-faire culturel et quelques-uns ont des qualifications professionnelles obsolètes », explique-t-il. Le programme IAFP a été conçu pour accélérer l’apprentissage et le développement professionnel. Il est financé par les gouvernements du Canada et de l’Ontario et s’articule autour de deux axes, le programme de transition Bridge to Accounting Credentials, pour les professionnels à la recherche de certification et d’obtention de permis d’exercer auprès de l’un des organes de certification comptable et Bridge to Employment in Financial Services pour les professionnels dont l’objectif immédiat est d’obtenir un emploi dans leur domaine d’expertise. Il y a aussi un « tronc commun » à tous. Ce dernier comprend un atelier d’orientation visant à fournir les informations, l’assistance et les conseils nécessaires, l’évaluation du PRE (Professional Readiness for Employment) permettant de déterminer les qualités personnelles; le programme PCE (Professional Communication for Employment) qui est une formation en langue spécifique à l’emploi, en communication, en qualités personnelles et savoir-faire culturel; et Prior « Nous évaluons les candidats et nous élaborons un plan d’action en conséquence, tenant compte de leurs objectifs », dit Mr Kureishy. « Je pense que la valeur du programme est basée sur ces éléments. Il n’est pas seulement question de cours à l’IAFP. Il faut noter que la solution aux problèmes des immigrants hautement qualifiés englobe l’évaluation de leurs apports au Canada et au marché canadien, ce que les employeurs recherchent, et comment ils peuvent combler ces lacunes. » Trouver votre mentor personnel Parmi ces éléments de base, il y a le placement professionnel et le mentorat. Le placement professionnel présente quelques restrictions. Étant donné que ce programme est flexible et que les Le mentorat, quant à lui, est différent. Toutes les personnes inscrites dans le programme peuvent travailler avec un mentor. Ce programme est une composante particulièrement réussie de l’IAFP qui organise le jumelage de Canadiens (ou immigrants qui vivent depuis assez longtemps dans le pays) avec des étudiants. Le mentor doit apporter l’assistance, les conseils nécessaires et éclairer sur le marché du travail canadien. « Votre mentor peut vous conseiller de faire ceci ou de ne pas faire cela. Les mentors ont de l’expérience avec les associations et peuvent donner des conseils pratiques sur la recherche d’emploi, des tuyaux utiles, vous aider à rédiger votre CV et à reseauter ou à créer de nouveaux réseaux. Ils permettent aux étudiants d’accroître leur confiance en eux », explique Mr Kureishy. Au mois d’avril dernier, Marietta a rencontré sa mentor Naomi Fromm pendant un atelier. « On nous a distribué du matériel (papier, crayons, ciseaux, colle, et ruban adhésif) pour construire une maison [...] nous étions les architectes, les ouvriers en bâtiment, nous devions tout faire. C’était un excellent exercice d’équipe qui nous a permis de nous connaître un peu mieux. » Naomi est aujourd’hui à la retraite après avoir travaillé pendant plus de 30 ans dans le domaine du recrutement. Elle a même créé son propre cabinet de recrutement au Canada. Après l’atelier, elles se mirent d’accord sur une méthodologie spécifique, définissant la manière dont elles travailleraient ensemble, une sorte de contrat basé sur le respect mutuel et l’honnêteté. Marietta choisissait le sujet et toutes deux y travaillaient. « Je voulais qu’elle atteigne les objectifs qu’elle s’était fixés car c’est d’elle dont il est question, pas de moi », explique Naomi. L’un de leurs premiers objectifs était de trouver un nouveau travail à Marietta car son contrat arrivait à terme dans les quelques mois à venir. « Nous avons donc travaillé sur son CV et sa lettre de présentation pour qu’elle puisse commencer à soumettre sa candidature. » Parallèlement, elles travaillèrent sur les qualités personnelles de Marietta et simulèrent des entrevues. « Flexibilité » devint leur mot d’ordre. Marietta contactait Naomi par courriel ou téléphone dès qu’elle en avait besoin. Durant leurs conversations, elles parlaient de tout et de rien, mais aussi des progrès de Marietta. « Pendant ma recherche d’emploi, elle me disait des choses comme ne fais pas ceci, fais cela », confie Marietta. « Je viens d’une culture différente, nous parlons beaucoup. Naomi me conseilla de répondre simplement à la question posée pendant l’entrevue. » Ceci n’est qu’un exemple. « Nous étions dans la même équipe et j’étais la mentor. Je ne travaillais pas pour elle et elle ne travaillait pas pour moi », déclare Naomi. Elles se concentrèrent sur les forces et les faiblesses de Marietta. Et à chaque fois qu’elle avait une entrevue, elle les regardait et répondait à la question. « C’était plutôt intensif », confie Naomi. « Lorsqu’elle avait une entrevue prévue, nous parlions au téléphone tous les jours. Nous faisions le suivi, que faire, si je suis sans nouvelles de cette personne, nous nous concentrions sur les détails, les points spécifiques nécessitant une attention immédiate comme la manière de répondre à telle ou telle question. » Quatre ans chez MG Accounting Canada Marietta obtint un nouvel emploi, qui correspondait mieux à son expertise dans le secteur bancaire et financier et offrait un meilleur salaire. C’est toujours un contrat à durée déterminée; en revanche, l’espoir d’obtenir un poste permanent est maintenant plus grand, et cela pour la première fois depuis son arrivée en 2005. Elle travaille toujours pour obtenir son titre professionnel comptable et elle suit actuellement des cours de fiscalité canadienne dans le cadre du programme de l’IAFP car elle souhaite maintenant ouvrir son propre cabinet comptable au Canada. De nombreuses choses ont changé depuis qu’elle a rejoint ce programme. « J’avoue avoir plus confiance en moi, même si je n’ai qu’un contrat à durée déterminée, et je pense que même si je n’obtiens pas de poste permanent, je pourrais trouver un autre travail. Je sais que je peux m’adapter à des situations et à des personnes différentes, et j’ai fait des progrès en communication et dans ma relation avec les gens. Maintenant je peux discuter avec n’importe qui. » Marietta dit qu’elle veut rester « au moins » dix ans au Canada et ouvrir son propre cabinet comptable dans moins de quatre ans. « Je ne veux pas être employée toute ma vie. » Naomi, sa mentor, confie qu’elle sera disponible pour l’aider même si elle commence à travailler avec une nouvelle mentorée. Et elle peut revenir aux cours quand elle en ressent le besoin. Marietta fait toujours des gâteaux. A chaque anniversaire, elle apporte un gâteau aux carottes à partager avec ses collègues. Pour Noël, elle a préparé un gâteau aux fruits. D’ailleurs, si elle avait le temps, elle pourrait même donner des cours, peut-être pas à l’université, mais à une future mentorée.
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