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Le pari de la connaissance PDF Print E-mail

par Benoît Hardy-Vallée

C’est un pari parce qu’il n’y a pas de garantie d’emploi après la graduation, mais nous nous  achetons une chance de nous sortir des emplois manuels.

  1. Thomas Madondoro au Toronto Star, 7 septembre 2006.

L’auteur de cette phrase est diplômé de l’école polytechnique de Harare (Zimbabwe), et ex- reporter en chef de la section affaires du Zimbabwe Herald. Nouvel arrivant au Canada, il  complète présentement un certificat en journalisme tout en travaillant comme garde de  sécurité  pour subvenir à ses besoins. Comme plusieurs nouveaux arrivants, il doit acquérir de «  l’expérience canadienne », et passer par le système universitaire canadien. Le marché du travail
canadien attribue une grande valeur à l’éducation et à la formation, mais souvent sous-estime  l’expérience à l’étranger. Ainsi, ajouter une éducation canadienne à votre résumé peut payer.

Acquérir des connaissances et des crédits par l’université est un pari. Un pari qui peut être  coûteux si vous avez à recommencer à zéro, mais contrairement aux casinos, vous avez plus de  chance de gagner que de perdre. Il faut compter en moyenne 4000 $ par année pour les frais de scolarité, ce qui est un gros investissement pour beaucoup de personnes. C’est un pari sur votre  futur, mais un pari qui en vaut la peine ! Le système universitaire Canadien offre plus de 10 000 programmes dans ses 90 universités et 200 collèges. Contrairement à d’autres pays, il n’y a pas  d’examen d’entrée. Pour entrer au premier cycle universitaire, les universités évaluent les notes  de l’école secondaire. Un nouvel arrivant désirant entrer à l’université doit donc présenter un  relevé de notes officielles (avec des bonnes notes !) Comme les études peuvent se dérouler en
anglais ou en français (selon l’université), vous pourriez avoir à passer un test de compétence  linguistique.

Dans un monde en évolution rapide, une formation universitaire offre de nombreux avantages.  Par exemple, plusieurs emplois demandent une certification. Le taux de chômage est aussi moins  élevé chez les universitaires. Si vous avez déjà un diplôme, l’éducation canadienne peut vous  aider à améliorer votre compréhension des standards canadiens et vous aider à acquérir une  certification requise pour beaucoup d’emplois au Canada. Pour le nouvel arrivant, l’avantage est  double : en plus d’un diplôme, l’université offre aussi une expérience canadienne, une chance de  mieux connaître le pays et sa culture. Et n’oublions pas les avantages monétaires: un diplômé universitaire gagne en moyenne une fois et demie le salaire d’une personne qui n’a pas terminé  ses études postsecondaires. Les chiffres montrent que les nouveaux arrivants canadiens sont une  population très éduquée. Si on prend le groupe d’âge de 25 à 54 ans, 37 % des immigrants  possèdent un diplôme. Si on considère ceux qui sont arrivés dans les 5 dernières années, la moitié  est diplômée. Les Canadiens d’origine du même âge, eux, ne sont que 22 % à posséder un diplôme.

On devrait donc s’attendre à des conditions idéales pour les nouveaux arrivants : ils sont plus  diplômés que la moyenne, et un diplôme augmente les chances d’obtenir un emploi mieux payé.  Et pourtant, comme plusieurs lecteurs pourront en témoigner, ce n’est pas le cas. Plus du tiers (35  %) des immigrants récents ont un faible salaire. Le marché du travail favorise les diplômes, mais  surtout les diplômes canadiens. Seuls les immigrants diplômés d’Europe sont moins désavantagés  : leur taux d’emploi est comparable à celui des canadiens d’origine. Plusieurs immigrants en  provenance de l’Amérique latine, de l’Asie ou de l’Afrique se voient donc forcés d’occuper des  emplois qui ne demandent aucune formation. Ou pire, ils n’ont tout simplement pas d’emploi.  Une étude parue dans le Journal of International Migration and Integration, en 2001, montre que  si tous les nouveaux arrivants étaient payés au même titre que leurs équivalents canadiens, l’ensemble des nouveaux arrivants gagnerait 15 milliard de dollars de plus.

La plupart des disparités sont dues au manque de connaissance de la langue. Parler couramment  l’anglais – langue du milieu de travail –est essentiel. Les programmes universitaires requièrent de  passer le International English Language Testing System (IELTS). Le problème est que ce test a  été créé en Grande-Bretagne : il faut donc connaître l’épellation britannique et saisir des  références australiennes et britanniques. On peut donc avoir un niveau fonctionnel d’anglais, mais  échouer le test et ne pas avoir accès à la diplomation. Pour faire face à tous ces défis, les gouvernements canadien et ontarien ont décidé d’investir près d’un milliard de dollars afin d’aider les nouveaux arrivants à s’intégrer au marché du travail. Une autre option s’offre  maintenant aux étudiants étrangers depuis cet automne, la « catégorie de l’expérience canadienne  », soit une nouvelle classe d’immigrant. Dorénavant, si une personne a :

  1. Le statut de résident temporaire.
  2. Suivi un programme d’études d’une durée
    minimale de deux ans.
  3. Acquis une année d’expérience de travail
    spécialisé (technique, professionnel, gestion).
  4. Des compétences linguistiques de base.

Elle peut alors faire une demande de résidence permanente (et plus tard, une demande de  citoyenneté). Ce sont donc 80 000 étudiants étrangers qui se voient donner l’occasion d’entrer  plus facilement sur le marché du travail canadien—un employeur préfère en général un résident  permanent à un résident temporaire.

En terminant, disons tout simplement qu’un parcours  débutant par des études dans une université canadienne ou par un retour aux études permet au nouvel arrivant d’assurer plus efficacement son avenir. Il n’y a rien de certain dans la vie, mais  c’est le plus proche de la certitude que vous pouvez atteindre. Et c’est certainement un pari qui  vaut la peine d’être pris…

cnm

 

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