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Modes de vie canadiens

par Sabine Ehgoetz

Sabine nous dit qu’elle est tombée follement en amour avec deux jeunes hommes bien jeunes… et son mari Will est au courant ! Les « hommes » dont elle parle sont ses deux nouveaux nés jumeaux, Tristan et Nathan.
Aux dernières nouvelles, elle rechercherait toujours activement une nourrice…

Lorsque vous êtes enceinte de non pas un, mais deux enfants en même temps, vous vous rendrez rapidement compte que vous allez recevoir une double dose de bonheur, mais aussi le double de privation de sommeil, la double dose de changement des couches et, bien sûr, le double des factures. En particulier avec des garçons jumeaux, comme dans notre cas, lorsqu’il va s’agir de doubler le nombre de camions, de matériel de hockey et le double de visites chez le médecin pour réparer des os cassés ou des dents abîmées. Même les futures mères d’un enfant savent que leur vie est sur le point de changer complètement – ce qui inclue leur compte en banque et leur carrière – au moins jusqu’à ce que les enfants soient assez âgés pour aller a l’école, mais, dans beaucoup de cas, jusqu’à ce qu’ils deviennent adultes.

Les années les plus difficiles sont les premières, lorsque vous devez prendre une décision importante. Devez-vous rester à la maison avec le(s) petit(s) ou retourner au travail le plus vite possible ?

Dans notre cas, un rapide coup d’oeil aux coûts de la garderie révèle que cela ne fera pas une grosse différence. Peut importe ce qu’on choisit, au final le résultat des calculs sera toujours le même. Le coût moyen pour une garderie toute la journée pour des petits enfants est d’à peu près 800 dollars par mois en Ontario, et même s’il y a souvent une réduction pour un frère ou une soeur, nous dépenserions la majeure partie de mon revenu juste pour ça.

L’argent, bien sûr, n’est pas la seule (ni même la principale) question que nous nous posons. La vraie question est : voulons-nous vraiment déposer nos enfants dans un établissement privé ou public chaque jour alors qu’ils sont encore très jeunes ? Recevrontils toute l’attention et les soins que nous pourrions espérer ? Il est clair que nous avons besoin de trouver une alternative, mais avoir une nourrice qualifiée et expérimentée à notre domicile tous les jours nous coûterait encore plus.

Pourquoi ne pas engager une nourrice qui vivrait chez nous mais qui serait étrangère ? Le canada n’a pas de programme « au pair » officiel comme aux Etats-Unis ou dans les pays européens. Dans ces pays, les étudiants ont la possibilité de passer un an à l’étranger et d’étudier la langue tout en s’occupant de la maison et des enfants de la famille où ils demeurent. Les contraintes en place ici sont principalement dues au besoin de respecter les lois sur l’immigration et de garantir certains critères d’expérience et de qualification pour les personnes procurant les soins. Il y a beaucoup d’agences qui se spécialisent dans les contrats pour nourrices, vivant à domicile, en provenance de pays étrangers pour des durées allant de 5 mois à 3 ans. Si l’on en croit « ABC nannies », une société basée à Vancouver, vous devriez vous attendre à payer un salaire minimum de 10 dollars de l’heure pour une nourrice expérimentée qui viendrait vivre chez vous. Certains employeurs proposent aussi la couverture médicale pour ces personnes, ce qui représente en général 50 dollars par mois en plus des frais de dossier et des coûts initiaux d’inscription de l’agence. Puisque je prévois d’élever nos enfants dans un environnement bilingue de toute façon, peut-être qu’une personne avec de l’expérience en provenance de mon pays d’origine serait le bon choix. Il y a, bien sûr, des défis à résoudre. Après tout, cela veut dire qu’il va falloir partager notre domicile avec un étranger pendant plusieurs mois. Comme nous l’avons entendu récemment dans la presse spécialisée, cela pourrait poser des risques pour notre vie privée, ou pire encore, notre mariage.

Je suggère que vous ne devriez jamais inviter une femme jolie, plus jeune que vous, à rester chez vous mais si vous êtes assez naïve pour le faire, vous ne devriez jamais la laisser seule à la maison avec votre mari. D’accord, j’admets que je serais moins en danger que, par exemple, les femmes de David Beckham ou de Jude Law, puisque aucune personne, même la plus douée, ne pourrait vendre à un journal local une histoire intime sur sa liaison avec mon mari et en faire un quelconque profit. Je m’inquiète donc peut-être un peu trop.

En outre, bien que nous vivions dans une assez grande maison, il n’y aura quasiment plus d’espace libre pour une autre personne, surtout après la naissance de nos enfants. Une rapide inspection de toutes nos pièces ne nous laisse qu’une solution. Nous avons des pièces de rangement assez grandes, donc si elle est assez flexible, peut-être pourrions nous l’installer dans l’une d’elles ? Évidement, cela implique qu’elle ne doive pas mesurer plus d’1m50 et qu’elle doive venir sans bagage.

Enfin, il y a le problème de prendre soin d’elle pendant son séjour chez nous, ou tout du moins faire en sorte qu’elle ne meure pas de faim. Qu’arrivera-t-il si nous tombons sur une femme de 130 Kg qui a besoin de beaucoup de calories chaque jour ? Cela présente plusieurs problèmes pour moi car a) on ne pourrait pas la faire rentrer dans une des pièces dont je parlais et b) on ne pourrait pas acheter assez de nourriture pour nous, sans parler des couches pour les petits. Je sais que les candidats sont soumis a un processus de sélection draconien avant qu’un contrat ne soit proposé, de façon à satisfaire toutes les parties impliquées. Par conséquent, exiger une jeune fille au pair petite, qui ne soit pas jolie, flexible et mangeant peu ne nous amènerait pas beaucoup de candidates.

Mettons de côté le sarcasme : même si avoir une nourrice vivant chez nous serait plus abordable que de mettre nos enfants dans une garderie ou d’avoir une nourrice professionnelle canadienne ou une infirmière à domicile chaque jour, tout cela demande une dose de confiance et de tolérance importante lorsqu’il s’agit de partager votre foyer avec quelqu’un d’autre. D’un autre coté, nous pourrions donner la possibilité à un ou une jeune de vivre à l’étranger pendant un an ou plus, d’obtenir une expérience internationale et d’améliorer ses compétences en anglais tandis que nos enfants grandiraient en parlant allemand avec quelqu’un d’autre que moi, tout en recevant de l’attention. Une expérience comme celle-là serait un gros plus pour chacun d’entre nous. Malheureusement tout le monde n’a pas cette chance et, quelques fois, les familles et les nourrices ne s’entendent tout simplement pas et chaque partie doit trouver un arrangement après beaucoup de stress et de frustration.

Au moment présent, je ne sais toujours pas ce que nous ferons, mais avec un peu de chance, nous avons encore quelques semaines pour nous décider.

CNM

 

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