| Toutes les erreurs que l’on peut commettre dans une autre langue |
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Par Sabine Ehgoetz Apprendre une autre langue est une expérience incroyable et gratifiante, au moins quand vous le faites de votre propre chef et non pas forcé par vos parents ou un professeur d’école. Des sons bizarres se transforment soudainement en mots. Ces mots commencent rapidement à avoir du sens et un tout nouvel univers de communication s’ouvre à vous. La première fois que vous mettez en œuvre vos nouvelles compétences, que ce soit parce que vous rencontrez quelqu’un natif du pays ou parce que vous voyagez dans le pays en question, vous vous sentez presque comme un conquérant dans une contrée lointaine, juste parce que vous êtes capable de comprendre et de vous faire comprendre. Cela dit, ceux parmi vous qui parlent au moins une langue étrangère sauront aussi que cette récompense ne vient qu’avec de la discipline et de la pratique continue et, la plupart du temps, après quelques moments de confusion et d’embarras. Avant de parler couramment ou même de pouvoir échanger quelques phrases, vous devez franchir la barrière de la peur de dire quelque chose d’incroyablement stupide. Que vous soyez en train d’étudier l’anglais, le français, l’italien et le chinois, acceptez juste le fait que cela arrivera, vous serez ridicule non pas juste une fois, mais plusieurs. Aujourd’hui je ris de ces touristes allemands qui commandent dans un restaurant ici en disant « est ce que je peux devenir (become) un steak s’il vous plaît ? » La raison de cette erreur potentiellement embarassante est facile à expliquer : le mot obtenir (get) en anglais est traduit par « bekommen » en allemand, ce qui est très proche du verbe anglais « become ». Mais je dois bien l’admettre, j’ai commis ma part d’erreurs et de faux-pas en parlant une autre langue ce qui a souvent produit une crise de fou rire chez mon interlocuteur ou encore causé des réactions plus extrêmes dans d’autres circonstances. Quand j’étudiais le français, j’avais été à Paris dans le cadre d’un échange scolaire, j’ai logé chez une famille charmante qui avait une fille de mon âge ainsi qu’un garçon un peu plus âgé. C’était l’été et il faisait très chaud, particulièrement le soir où, après le repas, je discutais dehors avec le fils pour pratiquer mon français et je lui ai une fois dit « je suis chaude », je voulais bien entendu dire que j’avais chaud à cause de la température élevée. Malheureusement, mes mots n’ont pas eu pas la même signification pour ce charmant jeune homme qui a tout de suite pensé que j’étais sexuellement attirée par lui. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir d’avoir essayé de m’embrasser juste après, ni lui reprocher d’avoir laissé une lettre d’amour passionnée devant ma chambre le lendemain. D’un autre côté, manquer de mots dans une langue étrangère peut aussi mettre en péril vos histoires d’amour, comme cette petite histoire le montre. L’oncle de mon ami italien a immigré au Canada à l’époque où les conversations par téléphone était un luxe que les gens ne pouvaient se permettre que très rarement. Ayant laissé sa femme au pays jusqu’à ce qu’il soit installé ici, il lui a promis de lui écrire souvent jusqu’à ce qu’il puisse venir la chercher. Lorsqu’il a enfin réussi à l’appeler plusieurs semaines après son arrivée, elle était de très mauvaise humeur. Elle n’avait apparemment reçu aucune de ses lettres bien qu’il lui avait juré en avoir écrit une tous les jours. Négligence du système postal canadien ? Pas tout à fait ! La mystérieuse disparition du courrier a été élucidée peu de temps après… Lorsqu’il a voulu poster une autre lettre et que quelqu’un l’a vu la déposer dans une boîte marquée « litter (poubelle) ». Il pensait naïvement que cela signifiait « lettre. » Après mon propre déménagement ici, et même après avoir maîtrisé l’art de la dispute en anglais, je me suis trouvée confrontée à tellement de situations pendant lesquelles j’aurais souhaité avoir accordé plus d’attention à mes professeurs ou à mon mari afin d’avoir pu retenir certaines de leurs expressions. Les exemples sont innombrables, cependant aucun n’est aussi grave que celui qui m’a été raconté par un de mes collègues. Une de ses amies voulait demander à son patron si le fait de se faire un piercing de la lèvre poserait problème par rapport à son travail. Elle alla le voir et lui dit qu’elle prévoyait de se faire faire. Elle ne pouvait pas vraiment comprendre pourquoi il semblait extrêmement perplexe, bien qu’il lui ait répondu qu’il n’avait rien contre. Ce n’est que plus tard qu’elle réalisa son erreur, elle avait utilisé le mot « labial », qui, au cas où vous ne le savez pas, désigne une toute autre partie moins visible du corps féminin. Bien sûr une fois que vous commencez à travailler avec votre langue nouvellement acquise, par exemple en tant que traducteur ou journaliste comme moi, vous ne pouvez plus vous permettre de faire des erreurs. Mais à ce stade-là, vous aurez peut-être commencé à penser et à rêver dans cette langue, spécialement si vous vivez dans un pays où elle est parlée. En même temps, vous vous retrouverez probablement dans des situations où votre langue maternelle ne vous viendra plus aussi naturellement. Chaque fois que je parle avec ma famille ou mes amis qui sont en Allemagne, j’ai l’impression que ma langue maternelle me fait défaut. Souvent je dois vraiment me concentrer pour me souvenir d’un mot en particulier car je n’utilise que le mot équivalent en anglais dans ma tête. En général tout me revient après un bout de temps, mais franchement, je suis un petit peu inquiète à l’idée de ne pas pouvoir, un jour, commander un steak correctement dans mon pays d’origine. CNM
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