| Les étudiants d’ALS savent épeler le mot « S-U-C-C-E-S » |
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Par Alessandra Emilia « Seules les passions, de grandes passions, peuvent élever l’âme à de grandes choses. » Channah Coehn était en train d’emménager dans son nouveau bureau lorsque nous nous sommes rencontrés. Nous étions encerclés par des meubles démontés et des boîtes en carton. L’entretien concernait un concours d’épellation dont elle avait eu l’idée et qu’elle avait organisé en novembre dernier. Le concours organisé par Channah n’était pas juste un simple concours d’épellation, comme ceux dans lesquels les enfants gagnent une grosse somme d’argent. Pour commencer, celui-ci n’était pas destiné aux enfants, mais aux adultes de plus de 18 ans inscrits aux programmes CLIC ou ALS, résidents au Canada (non pas visiteurs ou étudiants étrangers) avec une équivalence canadienne de niveau entre 2 et 7. Une immigrante elle-même, en provenance d’Allemagne, Channah a trouvé l’inspiration au travers de l’histoire de survie de ses parents. Ils ont voyagé par bateau au Canada quand elle avait 12 ans, échappant ainsi aux horreurs de l’holocauste. Elle a aussi été inspirée par Mme Mullighan, sa première enseignante au Canada, « qui portait un costume de couleur différent chaque jour » et conservait un panneau sur le mur disant « le sourire a la même signification dans toutes les langues. » « Le problème du langage est important pour moi car nous devons communiquer dans une seule langue…l’anglais doit être notre langue…. Peut-être, que grâce à cela, nous renforcerons le langage du cœur. Nous nous reconnaîtrons chacun en tant qu’être humain, et ne focaliserons pas seulement sur un aspect ethnique, racial ou social. » Channah travaille à rendre cela possible. Elle et des volontaires ont travaillé dur pour transformer ce concours d’épellation de 2007 en une réalité. Le concours a été divisé en deux niveaux : bas (équivalence canadienne 2 à 4) et haut (équivalence canadienne 5 à 7). Il a eu lieu au Metro Hall, où les 31 participants au premier niveau ont participé à trois manches d’épellation. Seule une erreur était autorisée. Grigori Drobot n’en a faite aucune. Il connaissait les mots par cœur. Nous nous sommes rencontrés un jour de décembre particulièrement glacial, dans le sous-sol d’une église United Way, au croisement de Yonge et Sheppard, mais tout ce que je pouvais ressentir était la chaleur émanant de Grigori, 19 ans, entouré d’élèves, de son père Konstantin, et de sa chère professeure Edda Mindriau, qui l’a vivement encouragé à participer. Grigori est arrivé de Biélorussie il y a huit mois, avec ses parents et son frère inattendu né pendant le processus d’immigration de la famille. Les parents ne parlent pas bien anglais. Le père doit travailler et la mère reste à la maison, prenant soin du petit dernier. On a diagnostiqué chez Grigori un léger cas d’autisme à l’âge de 10 ans. Ce qui fut considéré comme un obstacle par beaucoup, s’est transformé en une force pour Grigori. Il est sociable et sensible. Même Edda n’avait pas remarqué sa condition particulière lorsqu’il a commencé à participer aux classes. Et cela n’a jamais posé de problème à personne. Bien au contraire. Ce n’est pas surprenant. Grigori a une ouïe très développée et une connaissance approfondie de l’épellation. Il aime la musique et se débrouille très bien en classe mais il souhaite devenir jardinier paysagiste. Il aime les fleurs, surtout celles de couleur bleue. Quand on lui demande combien de temps il s’est préparé pour le concours, il répond simplement « toute ma vie. » Il avait suivi des cours d’anglais avant de venir au Canada et il était clair dans son esprit que cela faisait partie de sa préparation. En fait, P-R-E-P-A-R-A-T-I-O-N est le mot qui a donné la victoire à Grigori. Maintenant, il prévoit de faire des concours à un niveau supérieur en 2008. Il adore gagner. Tout comme Maria Teresa Arcos, gagnante du concours de niveau haut, qui a eu lieu le 22 novembre. Elle a appris l’anglais aux Philippines, mais elle était trop timide pour parler au Canada, son pays de résidence depuis plusieurs années. « Les gens ne vous comprennent pas à cause de votre accent….c’est dur. » Elle est aide-soignante auprès d’une dame âgée de 94 ans pleine de vie, qui l’a aidé à se préparer au concours. « Le jour suivant le concours elle avait hâte de savoir si j’avais gagné » se souvient Maria. Maria explique que sa confiance en elle a augmenté depuis. « Je me sens capable de faire n’importe quoi maintenant. » Et c’est très stimulant de voir le sourire de la victoire illuminer son visage. Les gagnants de chaque catégorie ont reçu des cadeaux d’une valeur de 100 dollars, les second et troisième des prix de 60 et 40 dollars. Tous les participants ont reçu un certificat encadré pour leur participation, un autre geste de gentillesse de la part de Channah. Si vous êtes bon en orthographe et que vous souhaitez participer au concours d’épellation d’ALS pour adultes 2008, renseignez-vous dans votre école d’ALS ou CLIC en cours d’année. Cependant, faites attention car le seul inconvénient de ce concours est qu’il fait naître au sein des participants une envie inouïe, certes légitime, de remporter la première place. CNM
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