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L’indépendance sous condition ou les avantages et les inconvénients d’être consultante PDF Print E-mail

par Sabine Ehgoetz

Sabine Ehgoetz vit actuellement à Toronto où elle travaille en tant que journaliste pigiste, correspondante à l’étranger et traductrice. En décembre 2005, elle a célébré son deuxième anniversaire en tant que résidente canadienne.

Il m’est difficile de décider si j’aime ou déteste ma situation professionnelle. Attention, ne vous méprenez pas, je suis très attachée à l’entreprise dans laquelle je travaille depuis deux ans en tant que consultante. J’aime ses locaux situés au centre ville, je m’entends très bien avec mes collègues de travail, et si pour une raison ou une autre j’ai besoin de m’éloigner de cet environnement, je peux même travailler depuis mon ordinateur portable à la maison. Lorsque des amis ou collègues se lamentent et se plaignent, en l’été ou en hiver, du fait qu’ils n’ont pas pu obtenir les jours de vacances qu’ils souhaitaient, je me sens privilégiée, puisque je suis en mesure de prendre des jours de congés plus ou moins quand je veux. La même chose s’applique pour les longues heures supplémentaires non rémunérées qui n’existent tout simplement pas pour moi sur mon emploi du temps. Toute heure que je travaille est reportée sur ma fiche et je reçois une compensation plus que décente pour chaque heure travaillée.

Est-ce une situation dont je ne pouvais que rêver lorsque j’étais éditrice salariée dans mon pays d’origine ? Pas tout à fait et la plupart des gens qui travaillent sous contrat au Canada le comprennent probablement. Effectivement, je peux facilement décider de manière spontanée de prendre l’avion pour aller quelque part dans les caraïbes, mais le coût de mes vacances est presque doublé si on prend en considération le fait que je ne gagnerai pas un sou pendant la période où je serai absente. Étant une allemande typique préoccupée, je suis hantée par la perspective de perdre le revenu d’un jour sans solde. J’en arrive au point où je doute même que je pourrai apprécier mon voyage dans une île exotique. Je finirai sur une chaise longue à la plage en train de calculer le montant d’argent que je ne suis pas en train de faire à ce moment-là.

L’un des principaux avantages de mon mode de travail (particulièrement lorsqu’il s’agit de la qualité de vie et de la façon de se relaxer) est la flexibilité du temps de travail qui me permet de prendre des pauses déjeuner de deux heures pour prendre un cours de yoga dans un des studios proche de mon lieu de travail ou bien d’arriver si tôt au travail que je peux quitter le bureau en milieu d’après-midi pour me détendre à la maison ou faire du shopping. Par dessus tout cela, je suis autorisée à travailler depuis la maison un jour par semaine et personnellement, je trouve qu’il n’y a rien de mieux que de se connecter au serveur du bureau lorsque l’on est toujours en pyjama et de travailler avec un chat ronronnant sur ses genoux. Malgré la présence des membres de ma famille particulièrement agités, je finis par me sentir un peu seule à la fin de la journée, ce qui me rend donc impatiente de me rendre au bureau le lendemain.

Cela veut-il dire que malgré le fait de ne pas avoir le moindre jour de vacances payé ou le moindre jour de congé maladie, je récolte le meilleur de chaque monde ? Dans ma situation, cela pourrait bien être le cas puisque mon mari est salarié et que son programme de couverture santé me protège aussi. Notre modèle est probablement le préféré de la plupart des couples canadiens : l’un des époux travaille à plein-temps avec les bénéfices des jours de congé et de l’assurance santé qui couvre toute la famille, l’autre est consultant et gagne en général plus par l’heure. Nous n’avons pas toujours été aussi chanceux, en revanche je frémis encore en repensant aux jours de notre installation au Canada pendant lesquels je n’avais pas encore de travail et mon mari était le seul à travailler. Nous étions tous les deux couverts par de l’assurance santé de l’Ontario (OHIP), mais après avoir grandi en Allemagne, considéré comme un pays ayant l’un des meilleurs systèmes de santé au monde, le système de santé publique de l’Ontario ne me semblait pas très fiable.

L’un des inconvénients évidents de ma présente situation professionnelle est que mon contrat a une date d’échéance, et bien qu’il ait été renouvelé plusieurs fois à ce jour, je dois gérer un sentiment d’incertitude tous les six mois lorsque mon contrat arrive à son terme. C’est dans ces moments-là, ou bien quand je prévois de prendre une semaine complète de vacances, que je me mets à penser que tout cela devrait changer et que je devrais trouver un autre travail dans une entreprise qui accepterait de m’embaucher avec une couverture santé et des avantages sociaux. Cependant, mon idée de départ en ce qui concerne les emplois au Canada, qui était que vous ne réussissez que lorsque vous avez trouvé un emploi à temps plein a quelque peu changé. En fait, tous les mercredis, lorsque je n’ai pas à m’habiller ou à quitter mon salon pour me rendre à mon travail, ou durant chaque pause déjeuner lorsque je participe à un cours relaxant de yoga pendant 90 minutes, je me dis que je suis une des personnes les plus chanceuses de la planète pour avoir toute cette liberté tout en pouvant payer mes factures à la fin du mois.

Maintenant, si j’apprenais à être assez disciplinée pour mettre de l’argent de côté à l’avance pour la semaine que je veux passer dans les caraïbes et que j’apprenais à me détendre suffisamment pour ne pas calculer les heures de salaire perdues lorsque je suis au bord de la plage, ma vie serait vraiment parfaite !

CNM

 

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