| L’intimidation et le harcèlement … C’est amusant jusqu’à ce que ça fasse mal… |
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par Claudio Muñoz Toutes les sept minutes, un enfant est intimidé dans les cours de récréation et toutes les vingt-cinq minutes, dans les salles de classes, selon une enquête conduite en 1997 par les professeures Debra Pepler et Wendy Craig. Cette même enquête a révélé que 14 % des élèves du niveau primaire ont été intimidés en raison de leur race. Il y a dix ans, l’intimidation signifiait frapper, donner des coups de pieds et des coups de poings. Aujourd’hui, cette définition inclut un certain nombre de comportements, qui étaient ignorés ou perçus comme inévitables. Les publications du Conseil scolaire de Toronto expliquent que l’intimidation « est le comportement d’une personne qui blesse résolument et délibérément les autres. Cela peut être sous la forme physique, verbale ou sociale. Ces actes d’agression ou de manipulation sont répétés dans le temps et sont généralement liés à la force et à la hiérarchie sociale. » (La hiérarchie sociale signifie le positionnement dans la communauté). Mais pour trouver une définition pertinente de l’intimidation, il est nécessaire de tenir compte d’un autre facteur de base : il doit y avoir un rapport de force inégale, entre une personne qui a plus de force qu’une autre, ou du moins une situation similaire. « L’intimidation peut prendre différentes formes » explique le professeur Mehrunnisa Ahmad Ali de l’université Ryerson. « Intimider signifie injurier, exclure, harceler physiquement ou lancer des rumeurs sur quelqu’un, même sur l’Internet. » Toutefois, cela doit être différencié d’une simple blague. « Les blagues n’ont pas pour objectif de blesser les gens, donc si la victime en rit, alors il n’est pas question d’intimidation. Mais si cela blesse une personne, ce n’est plus une blague, c’est de l’intimidation. » La personne blessée est en mesure de définir précisément l’intimidation. Il existe, globalement, deux types de ce mauvais traitement. « L’intimidation physique », qui couvre les coups, les coups de pied, les coups de poings, le vol ou l’agression sexuelle et « l’intimidation psychologique » qui se divise en deux groupes : verbale (injures, surnoms, commentaires relatifs à l’apparence ou à la manière de parler, les menaces, le harcèlement sexuel, les commentaires racistes) et sociale (dire du mal d’une personne, lancer des rumeurs, ignorer quelqu’un ou l’exclure des activités de groupe.) Et comme il faut vivre avec son temps, il y a donc de nouvelles variétés dans l’intimidation, la cyber-intimidation. Il s’agit de l’usage de moyens électroniques pour intimider, blesser, exclure ou ternir la réputation de quelqu’un. Cela comprend les courriers électroniques, les messages textes ou images envoyés sur les téléphones portables, les pages web de toutes sortes, les salons de cyber-bavardage et les groupes de discussion. Les enfants des nouveaux arrivants sont-ils particulièrement vulnérables ?Au Canada 10 à 13 % des garçons de la 6ème à la 10ème année rapportent avoir été intimidés une à deux fois par mois, voire plus. Le plus fort taux d’intimidation a lieu à la 10ème année. Quant aux filles, les statistiques révèlent que 4 à 11 % d’entre elles de la 6ème à la 10ème rapportent avoir été intimidées une à deux fois par mois voire plus, avec un pic qui a lieu à la 8ème année, selon Bullying and Fighting (l’intimidation et la bagarre), de Wendy Craig (2004). Sécurité publique Canada ajoute que 8 à 19 % des élèves de l’école intermédiaire et 21 % des lycéens ont rapporté avoir été intimidés en raison de leur ethnicité. Les « intimidateurs nés » ne sont pas en possession de radars pour détecter leurs victimes potentielles. Selon le Centre pour les enfants et les familles, dans le système judiciaire, les victimes de l’intimidation ont tendance à « avoir un tempérament discret et timide. Souvent, ils ne se vengent jamais et n’ont pas de réactions assertives à la suite de l’agression initiale, ce qui encourage celui qui intimide à répéter ses actes. Généralement ces enfants n’ont ni amis, ni soutien social au sein de l’école et souvent ils manquent de confiance dans leurs capacités physique et leur force. » Les enfants des nouveaux arrivants peuvent facilement faire partie de ce groupe. Les enquêtrices Pepler et Craig ont reconnu, en 1997, que les enfants des nouveaux arrivants sont plus exposés à ce risque que les canadiens de première ou deuxième génération. « Les lycéens qui ne sont pas nés au Canada sont considérablement plus victimisés en raison de leur origine ethnique que ceux qui sont nés au Canada. Au niveau du primaire, même s’il y a plus d’élèves nés en dehors du Canada qui connaissent la victimisation ethnique que ceux nés au Canada, la différence n’est pas très importante. » Les enfants des nouveaux arrivants commencent l’école en se sentant comme des étrangers, ils sont seuls et vulnérables. Alors même si votre enfant était fort et assertif plus jeune, le fait est, qu’en étant nouveau au Canada, il peut maintenant constituer une victime de l’intimidation. Vous ne serez pas surpris de savoir que l’intimidation existe aussi entre les canadiens de première génération et les nouveaux immigrants à l’école. Mais vous serez étonné de savoir que les « intimidateurs » sont souvent des enfants de la même origine ethnique. Selon le professeur Ali, la principale intention de ce phénomène est de se faire remarquer. « Ils appellent les nouveaux FOBS (fresh off the boat ce qui signifie fraîchement débarqués) ou d’autres noms similaires. » Ces cas de harcèlement peuvent faire plus mal que les attaques provenant de personnes étrangères. « En tant que nouvel arrivant, vous attendez un minimum de soutien d’une personne qui est ici depuis un moment et qui connaît votre culture et votre langue. Et lorsqu’au contraire ces personnes vous intimident, vous vous sentez encore plus mal car il ou elle est comme vous » explique le professeur Ali. En tant que parent nouvellement arrivé vous devez être conscient de ce problème et vous préparer à intervenir. Tout d’abord, vous devez savoir si votre enfant a été intimidé. « Chaque enfant est différent » ajoute Pr. Ali. « Ils expriment le conflit ou l’inquiétude de différentes manières, donc la solution des parents en général et des immigrants en particulier est de parler régulièrement avec votre enfant et de lui faire comprendre que vous êtes de son côté, quoi qu’il arrive, pour éviter que l’enfant ne pense que vous ne le croirez pas ou que cela ne fera que rendre les choses plus compliquées. » Vous trouverez, ci-dessous des questions utiles pour commencer une bonne
conversation : Vous devez parler ainsi à votre enfant régulièrement et évitez de ne le faire qu’une fois de temps en temps. Les parents des nouveaux arrivants manquent souvent de confiance en eux pour pouvoir s’adresser aux enseignants. « Mais même si vous pensez que votre niveau d’anglais n’est pas bon ou si vous ne connaissez pas « les règles de la relation parent enseignant », vous devez rencontrer les enseignants. Si vous allez les voir et leur dites « mon enfant semble un peu perturbé, pouvez-vous le surveiller ? », ils répondront favorablement à votre demande. Les enseignants essaient de surveiller ce qui se passe » explique le professeur Ali. Le Conseil scolaire de Toronto recommande de poser des questions aux enfants directement pour savoir s’ils ont été intimidés. Laissez-les décider s’ils veulent en parler ou non. Si l’enfant vous en parle, aidez-le à être plus spécifique et à fournir plus de détails. Écoutez le attentivement, sans le juger ni le blâmer, croyez ce qu’il dit et soyez empathique. Féliciter votre enfant d’avoir rapporté cet incident et faites en sorte de toujours communiquer ouvertement avec lui. Ne conseillez pas à votre enfant de répliquer par la bagarre et évitez de confronter « l’intimidateur » ou ayez un plan avec le personnel pour gérer ce problème. « C’est au nouvel arrivant de décider de communiquer ou non avec la personne qui l’a intimidé et de lui dire : je n’aime pas ça, ce n’est pas une blague. Il n’a pas besoin d’attaquer en retour ou de rapporter l’incident à quelqu’un, il doit juste dire je n’aime pas ça. Si l’agresseur ne réagit pas, alors la victime doit prendre d’autres mesures » explique le professeur Ali. « Si l’intimidation a lieu à l’extérieur de l’école, il faut investiguer pour savoir ce qui a mené à l’intimidation » dit le professeur. « S’il y a une zone dans laquelle les enfants se rassemblent et d’autres les maltraitent, alors l’enfant doit éviter cette zone. » « Si l’intimidation est grave, c’est-à-dire qu’une personne vous harcèle ou jette des pierres sur votre maison par exemple, vous devez téléphoner à la police. Même s’ils ne peuvent rien faire pour vous aider, le fait de les appeler prouve à votre enfant que vous prenez son histoire au sérieux et montre à l’agresseur que vous n’allez pas être passif. Il y a aussi des leaders de la communauté qui peuvent vous aider. Certains centres communautaires ont des portes parole qui peuvent intervenir en votre nom. Ici, au Canada nous avons des lois qui protègent les enfants et les familles. » En cas de cyber-intimidation, le conseil scolaire de Toronto recommande de « conserver tout message ou photo de harcèlement comme preuve afin de pouvoir les soumettre à la police et à votre fournisseur d’accès à Internet. Contactez l’école pour savoir si la cyber intimidation affecte un autre élève ou si elle est répandue au sein de l’école. » De toutes les façons, la meilleure solution reste la prévention. Placez votre ordinateur dans un « endroit facilement visible » afin que vous puissiez contrôler ce que votre enfant fait lorsqu’il est en ligne et encouragez-le à vous dire s’il se sent mal à l’aise lorsqu’il utilise l’ordinateur. Apprenez à votre enfant à utiliser l’Internet de manière responsable (il ne doit jamais donner des informations personnelles comme le numéro de téléphone ou l’adresse électronique) et apprenez le « langage du cyber-bavardage » afin que vous puissiez comprendre ce dont votre enfant est en train de parler. Le plus important est que vous fassiez attention à l’intimidation et que vous agissiez en tant qu’adulte responsable. Malgré ce que vous pensez, ce problème n’est pas « un passage normal de la croissance ». Sécurité publique Canada explique que « l’intimidation est un comportement qui ne disparaît pas tout seul, souvent il s’aggrave avec le temps. » Selon les professeurs Pepler et Craig, l’intimidation « souligne plusieurs problèmes liés à la violence interpersonnelle au Canada […] Les enfants qui intimident les autres sont exposés au risque accru de se lancer dans des activités illégales comme la délinquance et la consommation d’alcool et de drogues. Ces enfants sont aussi exposés au risque de diversifier l’usage de la force et de l’agression, allant de l’intimidation dans la cour de récréation au harcèlement sexuel. Malheureusement, nous pensons qu’il y a de fortes chances que les intimidateurs soient la cause de relations adultes à problèmes, de harcèlement sur le lieu du travail, de violence conjugale, ou encore de violence à l’égard des enfants et des personnes âgées. » CNM
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