| Modes de vie canadiens - L comme … |
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par Sabine Ehgoetz Sabine Ehgoetz vit actuellement à Toronto où elle travaille en tant que journaliste pigiste, correspondante à l’étranger et traductrice. En décembre 2005, elle a célébré son deuxième anniversaire en tant que résidente canadienne. Loisir n’est pas un mot qu’on utilise très souvent, et lorsque nous en parlons, nous le faisons de sorte que cela indique que c’est un luxe que nous ne pouvons nous permettre ou dont nous ne pouvons bénéficier qu’à petite dose. Il n’y a pas de secret, nous faisons référence à ce concept d’une manière plutôt négative étant donné, que dans notre culture il semble être lié à la « paresse » qui fait tout de même partie des sept pêchés capitaux définis par le catholicisme. Aujourd’hui, nous ne nous sentons plus vraiment concernés par les six autres. Surtout l’orgueil, l’avarice ou encore l’envie qui semblent plutôt acceptés lorsque nos carrières sont en jeu. Dans une société qui prêche la richesse au détriment du bonheur et où le paraître l’emporte sur l’être, la douceur des loisirs prend un goût quelque peu amer. Dans notre culture occidentale un autre concept commençant par la lettre L tend à disparaître, le Laisser-aller. Ce sont principalement les philosophies orientales comme le bouddhisme, le zen ou le taoïsme qui accorde de l’importance à ce concept. La plupart d’entre nous s’identifie totalement à ses biens et accorde tellement d’importance à l’apparence, qu’elle aurait beaucoup de mal à imaginer ce qu’elle pourrait laisser aller. Comment peut-on laisser tomber un emploi prometteur, bien qu’épuisant, sachant que la paix intérieure seule ne peut payer nos factures ? Comment peut-on accepter tout simplement ce que nous sommes alors que tout ce qui nous entoure nous demande d’être présentable pour prétendre à la réussite ? Alors, nous succombons pour être acceptés. Nous nous réveillons tôt, courrons au bureau, avalons nos déjeuners, travaillons tard, et après ? Le temps que nous devrions réserver aux loisirs est rempli par des devoirs. Nous ferions mieux d’aller à la salle de sport, mais nous pensons que ce n’est pas relaxant de courir sur un tapis roulant pendant une heure, alors nous parcourons rapidement les versions imprimés de nos courriers électroniques ou regardons le journal télévisé, ce qui est toujours mieux que de regarder des séries B. Après tout, n’est-il pas question d’apprécier ce que nous regardons à l’écran, lisons dans le métro, ou écoutons à la radio de toute manière. Tout cela est supposé nous occuper afin que nous évitions ces grands moments de vide que nous remarquerions si nous nous asseyons ne serait-ce qu’un court instant, le temps d’écouter notre fors intérieur. Il semble dangereux, voire inconfortable de devenir conscient de ce point obscure au fond de notre cœur, qui nous murmure cette éternelle question que nous refusons toujours d’écouter : y-a-t-il un sens à tout ce que nous faisons ? Qui veut savoir si la vie que nous avons mènera au bonheur ? Qui veut abandonner cet égo qui nous protège d’être utilisé par ces autres égoïstes qui n’attendent que le bon moment pour nous marcher dessus pour arriver en premier ? Après tout, je suis la seule personne sur qui je peux compter, n’est-ce pas ? Cependant, il semble que les choses prennent maintenant une tournure étonnante qui est loin d’être logique. De plus en plus de personnes, travaillant dans tous les secteurs et originaires de toutes cultures, commencent à remettre en question ces croyances sur lesquelles sont basées la société occidentale. Peut-être ont-ils réalisé qu’on n’atteint pas une véritable paix intérieure avec des voitures chères, des voyages exotiques ou des habits de haute couture. Il est vrai que ces derniers nous procurent du plaisir et il n’y a rien de mal à cela, mais combien de temps cela dure-t-il ? Quelle est la valeur d’un appartement luxueux sachant qu’on n'y rentre que pour dormir quelques heures avant de se transformer en hamster à nouveau courant sur la roue des affaires, de l’argent et du succès ? Combien de temps la chirurgie esthétique de mon nez ou ma liposuccion fera de moi une femme heureuse ? Quand saurai-je que le véritable problème est mon angoisse de vieillir puis de mourir, quels que soient mes efforts pour éviter cela ? Ce dernier siècle, de nombreuses questions demeurent sans réponse alors que nous attendons que la science y apporte des éléments de réponse. Certes, on a marché sur la lune, fait de la plongée sous-marine, même le code génétique a été déterminé… Mais pourquoi vivons-nous, après quoi courrons-nous et que devons-nous accomplir pendant que nous sommes ici-bas ? Il semble que, petit à petit, nous comprenons qu’il y a quelque chose qui nous unit tous et qui est au-delà de nos croyances et nos salaires. Les petits groupes de personnes, qui se considèrent spirituels et non religieux, se retrouvent dans des clubs de yoga, sur l’Internet, dans des cafés voire au bureau et commencent alors à communiquer entre eux à un niveau bien plus profond. La semaine dernière, en entrant dans le métro, un inconnu a commencé à me parler du fait qu’on ne pouvait plus avoir de poubelles sur les plateformes de métro pour des raisons de sécurité. Et alors, nous avons commencé à discuter de la nature humaine, puis quatre arrêts plus tard, j’ai dû descendre, je lui ai dit au revoir et ma journée a démarré. Il m’a convaincue qu’il était possible d’avoir des échanges avec n’importe qui, n’importe où, à partir du moment où on accepte de laisser tomber les masques et qu’on regarde au-delà de cet égo si précieux en laissant les âmes s’exprimer librement. Quelle que soit la religion que nous avons embrassée, notre origine, que nous soyons ici depuis peu ou longtemps ou que nous soyons en partance, nous apprenons tous à connaître la signification de l’amour, du bonheur et de la sérénité dans nos vies, et cela ne peut se concrétiser que si nous sommes prêts à trouver cet équilibre entre la gloire et le laisser-aller. CNM
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