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L'amitié est indispensable PDF Print E-mail

Par Sabine Ehgoetz

Qu'est-ce qui fait que vous vous sentez chez vous dans un endroit particulier de la terre ? Le toit au-dessus de votre tête ? Pas vraiment. Votre famille ? Probablement. Mais y a-t-il autre chose dont vous avez besoin pour vous sentir comblé ? Quelque chose d'important mais dont vous n'êtes pas nécessairement conscient jusqu'à ce que vous déménagiez dans un pays différent et que vous laissiez derrière vous ce que vous considériez être votre vie.

Personnellement, j'ai été extrêmement chanceuse lorsque je suis arrivée au Canada. Contrairement à de nombreuses personnes, mon mari était à mes côtés et j'avais mes chats avec moi (croyez-moi, si c'était à refaire, je suis sûre qu'ils décideraient de rester là où ils étaient, s'ils avaient eu la moindre idée du voyage qui les attendait). J'ai même envoyé certaines de mes affaires par colis d'Allemagne et si j'avais su quels problèmes allaient surgir, je les aurais laissées là où elles étaient aussi ! Bien que nous étions bien installés, je me sentais toujours quelque peu déracinée et comme suspendue dans les airs pendant les six premiers mois.

Et en plus, j'ai causé beaucoup de torts à nos finances - qui étaient déjà dans un mauvais état en raison du déménagement - en faisant exploser les factures de téléphone à cause des interminables communications internationales que je composais. A ce moment là, j'ai réalisé que ce qui me manquait par dessus tout, c'était mes amis ! J'avais besoin d'un réseau social et pouvoir tout simplement composer un numéro local pour aller prendre un café avec quelqu'un ou juste téléphoner à quelqu'un pour papoter un petit peu sans pour autant être limitée par le décalage horaire. Les soirées bien arrosées entre filles pendant lesquelles nous ne faisions que ricaner me manquaient terriblement. Je voulais trouver quelqu'un à qui parler de la situation du monde en général et de celle de mon âme en particulier, mais aussi de la collection automne de Gucci ou encore du joli derrière du jeune homme au comptoir du bar. À quel bar suis-je en train de penser alors que je suis coincée dans mon salon car je n'ai personne avec qui sortir ?

Bien entendu, il y avait les personnes que mon mari connaissait avant d'aller en Europe, mais ce n'est pas pareil... Par exemple, comment pouvais-je me plaindre de lui à quelqu'un qui le connaissait depuis qu'il avait cinq ans, ou encore aller en cachette dévaliser les magasins avec une personne qui allait tout lui raconter ? Une chose était claire, je devais me faire mes propres amis.

Au début, j'étais un peu timide. Toutes les personnes que je rencontrais au cours de yoga semblaient occupées dans leur vie privée et professionnelle. Et si je leur demandais de sortir prendre un verre, ne trouveraient-elles pas cela bizarre ? Comment cette étrangère ose-t-elle ? Comme mes condisciples du yoga n'avaient pas l'air si superficiels au point de m'en vouloir, j'ai donc saisi ma chance un jour, juste avant un cours, pour entamer une conversation avec une fille qui me semblait sympathique. C'était plus facile que je ne le pensais et après avoir papoté un petit peu, nous nous sommes données rendez-vous pour aller dîner ensemble !

Nous nous sommes bien amusées, jusqu'à ce qu'elle m' « avoue » après son troisième verre de Vodka Martini qu'elle était juive et me demande si cela me posait le moindre problème. J'étais étonnée, voire en état de choc. Premièrement, si je me souviens bien de mes cours d'histoire d'Allemagne, ce devrait être plutôt elle qui devrait avoir un problème avec moi et non pas le contraire ? Deuxièmement, étant née au milieu des années 70, jamais je n'aurais pu penser que cette question aurait pu m'affecter sur le plan personnel. A la fin, tout s'est dissipé. Et après avoir fait quelques blagues politiquement incorrectes et en avoir bien ri toutes les deux, nous avons pu tourner cette page bizarre et sommes devenues très bonnes amies. Je conduisais ma voiture pour rentrer à la maison après cette première sortie seule, et en traversant la ville de nuit, je me sentais bizarrement en paix… comme si je j'arrivais enfin « à la maison. »

Cette première expérience m'a rendue plus courageuse. Je me suis rendue compte que même une personne de confession juive m'acceptait malgré l'Histoire, et donc je ne m'en sortais pas trop mal pour me faire des amis. Juste après, j'ai commencé un emploi à plein temps, et les choses sont devenues tellement plus faciles. J'ai fait la connaissance de mes sympathiques collègues qui m'invitaient souvent prendre un verre dans un pub après le travail. J'ai rencontré des gens de différents pays , comme le Brésil, l'Espagne, l'Inde et la France. Cela m'a permis de réaliser que je n'étais pas seule, car eux aussi, à un moment donné, ont dû quitter leur vie précédentes pour faire du Canada leur maison.

Ma meilleure amie est italienne et je l'ai rencontrée au travail. C'est la première personne qui lit cet article car non seulement c'est une excellente réviseure, mais aussi c'elle la première personne à avoir connu mes hauts et mes bas et c'est une personne en qui j'ai une confiance aveugle. Bien que nous soyons toutes les deux très occupées, nous savons très bien que si les temps sont un peu durs, nous serons présentes l'une pour l'autre, quoiqu'il arrive. Et la cerise sur le gâteau est que cela ne coûte qu'un coup de fil local et quelques minutes en voiture ! Mes anciennes amitiés en Allemagne n'ont jamais cessé … Il est merveilleux de se rendre compte que, où que vous soyez su terre, vous pouvez faire de cet endroit votre maison à partir du moment où vous arrivez à rencontrer des gens qui vous ouvrent leur cœur !

CNM

 

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