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Vanité gelée PDF Print E-mail

Par Sabine Ehgoetz

Sabine Ehgoetz vit actuellement à Toronto où elle travaille comme journaliste indépendante, correspondante, traductrice et mannequin. En décembre 2005, elle a fêté sa première année de résidence au Canada.

« Plus jamais je ne porterai de longs sous-vêtements ! » ai-je déclaré il y a quelques années, lorsque j'étais encore en Allemagne et où ce type de vêtement n'était acceptable que pour les enfants de moins de 10 ans ou en montagne, à plus de 2 000 mètres d'altitude. En ce temps-là, le code d'éthique de mon style était très strict et comprenait des amendements tels que « il faut souffrir pour être belle » ou encore « le look l'emporte sur le confort ». Ces principes de fer m'ont poussée à me rendre à des soirées sur des talons aiguilles d'une douzaine de centimètres, bien que mon orthopédiste m'ait formellement interdit toute pression inutile sur ma voûte plantaire.

J'ai passé de nombreux hivers en jolies mini-jupes et bas nylon, en insistant fermement sur la théorie que cette tenue était plus chaude qu'un pantalon car les collants offrent à mon corps toute la sécurité nécessaire. En toute honnêteté, il m'est arrivé à plusieurs reprises de ne plus sentir mes jambes lorsque j'étais dans la rue, et je finissais par les retrouver engourdies et bleues en entrant dans un endroit chauffé.

Lorsque je portais un short, j'étais selon ma mère un cas désespéré, et elle a d'ailleurs fini par abandonner le fait de me supplier de porter une veste d'hiver suffisamment longue pour me couvrir les reins. Mon mari, quant à lui, avait pour devoir conjugal de réchauffer, nuit après nuit, mes pauvres pieds congelés dans le lit car je refusais de m'acheter une paire de bottes d'hiver chaudes, mais pas suffisamment élégantes, à porter lorsque j'étais invitée à des événements sociaux.

Notre première visite à sa famille à Toronto a eu lieu durant l'hiver mémorable de 1999, pendant lequel l'armée canadienne avait été appelée pour combattre le chaos causé par la neige dans les rues. A cette période, la relation avec mon futur-mari ne faisait que débuter. Alors, je pensais qu'il était nécessaire de l'impressionner avec mon look tout en essayant de convaincre ses parents, que je venais tout juste de rencontrer, que j'étais une femme forte et une partenaire de confiance. Ces efforts m'ont tout droit mené au conflit lorsque je me suis retrouvée en train de dégager la neige sur l'allée de leur garage pendant quatre heures, car j'ai strictement refusé de porter une horrible tuque que sa mère me proposait, parce que je ne voulais tout simplement pas abîmer ma coiffure.

Quelques années plus tard, mes principes commençaient à perdre en consistance . En effet, pendant les vacances de Noël, nous avons été au nord, à Parry Sound, où sa famille (déjà ma belle-famille) a décidé de prendre sa retraite. Bien entendu, j'avais moins de pression pour conquérir mon mari en étant séduisante en permanence. Comme il avait osé placer une paire de caleçon long, appelés long johns, élégamment emballée, sous le sapin de Noël, j'avais l'excuse parfaite pour les porter, ne serait-ce que pour être polie. Après tout, ce caleçon n'était pas si moche. Il était de couleur bleu pastel, de matière fine et soyeuse et ne devait probablement pas faire que mes jambes « apparaissent énormes » sous mon pantalon. Mais, comme je suis têtue, j'ai donc refusé de le porter car je préferais sauvegarder mon style et donc je passais le plus clair de mon temps à l'intérieur de la maison. J'avoue avoir eu des pincements au coeur lorsque je regardais par la fenêtre et je voyais comment homme et chien pouvaient s'amuser en se roulant dans la neige ensemble.

Deux ans plus tard, nous avons déménagé, et je me suis retrouvée dans le premier hiver, d'une longue série, au Canada. Cet hiver avait été extrêmement rigoureux et je n'avais jamais eu aussi froid de ma vie. Chaque déplacement chez l'épicier était pour moi l'équivalent d'un voyage en Alaska. Un jour, j'ai cru que j'allais mourir sur le champ, entre la station de métro et la maison. Ces six minutes trente avaient été la concrétisation de l'enfer sur terre ! J'ai juré, pleuré et crié pour protéger mes principes sacrés mais j'ai fini par capituler.
Dès qu'il n'y avait personne à l'horizon, je ressortais le caleçon bleu pastel enfoui derrière mon placard. Je me sentais vaincue et épiée à la fois. J'avais l'impression que les gens dans la rue remarquaient immédiatement que je portais cette horrible chose sous mon pantalon et qu'ils se moqueraient de moi. Évidemment, ce n'est que plus tard que j'ai réalisé que 99 % de la population totale de l'Ontario possédait des caleçons longs et les portaient fidèlement dès que la température descendait en dessous de zéro degré.

Je n'oublierai jamais cette incroyable sensation de soulagement lorsque je suis sortie marcher à l'extérieur sous moins 30° Celsius, et malgré les fortes tempêtes de vent, je pouvais toujours sentir mes jambes. Juste après avoir été familiarisée avec ce type de confort en hiver, je suis allée m'acheter une paire de chaussures étanches, puis des gants thermiques, et une tuque en laine. Il est vrai qu'aucun de ces accessoires n'était de la dernière mode, mais ils étaient tous si chauds. Aller au travail dans une deuxième tenue et me changer dans la salle de bain du bureau était devenu une habitude pour moi. J'ai également opté pour une courte coupe de cheveux, il était tellement plus facile de me coiffer après avoir ôté mon chapeau en arrivant au bureau. Par ailleurs, j'ai ajouté deux amendements à mon code de style, qui sont : « Ne jamais dire jamais lorsqu'il s'agit de certains types de vêtements » et « au Canada tout s'en va, même la vanité qui finit par geler. »

CNM

 

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