| Une lune de miel originale |
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Lorsqu’on pense aux destinations de lune de miel les plus populaires auprès des nouveaux mariés canadiens, Aruba, Hawaii et Miami viennent à l’esprit. Nous projetions toutefois de commencer notre vie à deux différemment : au lieu de nous envoler vers le Sud, au soleil, nous avons décidé de voyager vers le Nord et d’explorer un peu plus le pays qui allait bientôt devenir mon nouveau lieu de résidence. Et quel meilleur endroit pour voir ce que le Canada a à offrir que l’un de ses parcs nationaux ? Notre décision était prise, nous passerions notre lune de miel au parc Algonquin ! Nous sommes partis peu de temps après le grand jour. Comme bagages, nous avions un canot, une tente, du matériel de camping, des provisions pour cinq jours et presque 20 de nos invités. Nous nous étions dits que, comme beaucoup de nos amis étaient venus d'Allemagne pour m’entendre dire « Oui, je le veux », nous étions aussi bien de passer du temps avec eux. De toute évidence, il ne s’agissait pas du voyage de noces le plus romantique, mais si vous saviez combien j’allais être contente que nous ayons choisi de ne pas voyager seuls ! Surtout quand l’homme qui venait tout juste de promettre de rester à mes côtés « pour le meilleur et pour le pire » m’a menacée de me laisser au milieu de nulle part lorsque notre canot s’est pris dans le fond parce que j’avais « encore » trouvé le moyen de pagayer vers l’autre rive où l’eau était peu profonde. Pour les membres européens du groupe, le plus difficile semblait être de manœuvrer un canot. Ils n’avaient jamais rien fait de semblable, soit tout à fait le contraire des membres canadiens du groupe. Pour ces derniers, manœuvrer une embarcation semblait être la chose la plus naturelle au monde. Pas surprenant puisqu’ils avaient apparemment appris à pagayer au berceau ! Nous avons gaiement écouté leurs conseils. Après tout, nous nous étions lancés dans cette aventure pour renforcer non seulement les liens entre nous, mais aussi les liens entre nos deux cultures. De fait, à la fin du voyage, la plupart d’entre nous, campeurs débutants, réussissions à faire avancer notre canot en ligne droite et à pagayer en synchronisation avec notre partenaire. La procédure qui consiste à sortir le canot de l’eau, à le transporter jusqu’au prochain lac et à remonter à bord sans finir trempé s’est avérée presque aussi difficile. Avant de faire ce voyage, le concept de « portage » m’était tout à fait inconnu et par conséquent, je n’avais absolument pas compris pourquoi j’étais censée voyager « léger ». En gros, j’ai été forcée de laisser plusieurs de mes outils de maquillage à la maison et j’ai dû retirer de mon sac à dos cinq de mes dix tee-shirts préférés (j’aime avoir la liberté de pouvoir choisir chaque jour ce que j’ai envie de porter). Une fois sur place, alors que je soulevais mon énorme sac à dos hors du canot et le mettais sur mon dos pour ce qui me semblait être la centième fois de la journée, je comprenais exactement pourquoi : un sac rempli de repas lyophilisés, de poteaux de tente, d’équipement de cuisine et de matelas Thermorest est beaucoup plus pesant que je n’aurais jamais imaginé. À la fin de la première journée, je me suis glissée dans mon sac de couchage en sanglotant. J’avais mal partout et j’étais morte de fatigue. Comment avait-on pu me convaincre de choisir cette destination au lieu d’une luxueuse station thermale aux Seychelles ? J’ai compris pourquoi la deuxième journée et j’ai encore pleuré. Cela s’est produit au milieu de l’un des nombreux lacs que nous devions traverser. Nous prenions une pause, ce qui m’a donné l’occasion de lever les yeux de ma pagaie, qui se refusait encore à m’obéir, et de m’imprégner du paysage. Deux huards, qui flottaient sur l’eau miroitante, se sont envolés dans le ciel bleu intense au-dessus des arbres d’un vert éclatant qui nous entouraient. À part le clapotis de l’eau, il régnait un calme comme je n’avais jamais ressenti auparavant : non seulement autour de moi, mais aussi en moi. Lorsque je regarde en arrière, je sais que c’est à ce moment-là que je suis tombée en amour avec le Canada. Toutes les difficultés précédemment rencontrées lors de ce voyage m’ont soudainement paru bien anodines et tous mes efforts par la suite m’ont semblé plus faciles comme si je ne faisais plus qu’une avec la nature. Toutes les activités de routine ennuyantes comme ramasser du bois pour le feu ou accrocher les produits comestibles (y compris le dentifrice) à un arbre avant d’aller au lit afin qu’ils soient hors de la portée des ours étaient plus faciles à supporter. Même les visites nocturnes à une certaine cabane en bois située en retrait du camp me semblaient un peu moins effrayantes. Bien entendu, un tel état de sérénité est difficile à maintenir, surtout lorsque vous voyagez avec un groupe d’européens surexcités qui n’ont pas encore réalisé qu’ils pourraient voir un orignal si seulement ils arrêtaient de parler. Ramer comme un olympien pour être le premier à l’apercevoir n’aide pas non plus, mais nous les Allemands sommes faits ainsi. Nous avons tendance à vouloir être les premiers dans tout. Pour quelle autre raison fabriquerions-nous les voitures les plus rapides au monde ? Ironiquement, c’est le couple qui traînait derrière et qui ne s’en faisait pas qui s’est retrouvé à cinq pieds d’une femelle orignal et de son bébé alors que le reste du groupe faisait la course pour avoir droit au meilleur emplacement du campement. Pourtant, même si nous ne sommes pas tombés face à face avec l’habitant le plus populaire du Canada, notre lune de miel dans la nature sauvage nous a fait vivre toutes sortes de nouvelles expériences. Par-dessus tout, j’ai découvert que j’étais non seulement capable de passer cinq jours sans prendre de douche ni porter de maquillage, mais que j’étais aussi capable d’affronter les eaux houleuses avec mon nouveau mari. CNM
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